L’application mobile pour le CPF (Compte personnel de formation) est l’innovation la plus visible de la “loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel” du 05 septembre 2018. Il suffira de télécharger une application sur l’Apple Store ou Google Play pour choisir en toute liberté la formation qui assurera l’avenir professionnel de chacun. Pourquoi une telle application ?

Le CPF canal historique a plus de 4 ans d’existence, depuis sa création le 1er janvier 2015. Quel est son bilan ?

Pour les 33 millions de personnes cibles, il n’y avait, en 2018, que 7 millions de comptes CPF ouverts, et 650 000 dossiers activés, soit environ 2 % de la population visée… Cela valait bien un aménagement. Il est à remarquer que ces maigres résultats font suite à une faible activation du DIF à l’initiative du salarié.

L’appli CPF est une réponse, mais qui repose sur une hypothèse forte : celle que les apprenants ne se sont pas appropriés le CPF en raison d’une procédure trop complexe… Alors, en simplifiant l’expérience utilisateur, le CPF devrait se développer et entrer dans un rythme de croissance.

CPF : les raisons d’une utilisation en berne

Mais il peut y avoir d’autres raisons à la non-utilisation du CPF. On pourrait parler de l’absence de visibilitédans un monde en disruption, la médiocrité de l’offre, sa faible adaptabilité aux demandes spécifiques, sonutilité sociale… Le choc de simplification est toujours préférable, encore faut-il choisir le bon déterminant.

Avant d’aborder le cœur de l’appli, on peut déjà constater que le nombre d’apprenants qui ne sont pas dotés d’un smartphone est important. Le taux de pénétration des smartphones est bien de 80 % de la population en 2019, mais cela veut dire aussi qu’il existe 20 % restant qui ne le sont pas… Que faire de ce reliquat ?

La question est sociale : en effet, le taux de pénétration parmi les actifs de niveau « baccalauréat et + » est de 86 %, alors qu’il tombe à 37 % pour les non diplômés. Les moins qualifiés sont donc ceux qui profiteront le moins de l’application. Pourtant, ce sont peut-être eux qui en ont le plus besoin. La réforme ne fera pas l’économie de poser la question de la fracture sociale de l’application, une fois sa réussite installée.

Vers une « foire » à la formation ?

L’application sera-t-elle l’hypermarché des organismes de formation ? L’idée est de regrouper tous les contacts en un seul endroit, ce qui faciliterait l’expérience apprenant… Mais qui sera véritablement accessible via l’application ? Les organismes de formation dotés d’un numéro d’existence et labellisés selon les critères du futur décret qualité représentent aujourd’hui environ 4 000 organismes. Que faire des autres ?

Enfin, l’application CPF va-t-elle être une contribution majeure à « l’EdTech Nation » ? Une locomotive pour le nouvel écosystème des apprentissages ? S’agira-t-il de choisir Qwant comme moteur de recherche pour stimuler la croissance de cet outsider français, d’autres startups, ou encore des réseaux de blockchain ? Et pourquoi pas une place de marché, un Uber de la formation à la française ?

Autant de questions qui restent en suspens, l’appli CPF étant un choix hautement politique pour l’avenir d’une formation professionnelle centrée sur l’apprenant. A vouloir faire un « Tinder » de la formation, n’oublions pas que la réussite de ce type de projet passe par sa capacité à érotiser socialement l’engagement des apprenants… Et là, c’est une autre question.

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Repéré depuis https://www.focusrh.com/tribunes/l-appli-cpf-est-elle-reellement-une-bonne-idee-par-stephane-diebold-31984.html