Le confinement et la continuité pédagogique ont pris tout le monde de court, les enseignants au premier chef. S’il devait se reproduire, ou pour d’autres circonstances, quelles principes généraux avoir en tête et quels outils numériques privilégier pour l’enseignement à distance ?

La tentation pouvait être de faire une réponse unique, simpliste dans l’illusion qu’avancer dans le même pas cadencé est une solution pour répondre à l’écart pédagogique que nous avait imposé la distance. Notre défi était en fait de répondre à la diversité des besoins de nos élèves, tout en maintenant l’unité d’une classe à distance et l’existence d’un groupe dans la diversité des besoins et des moyens de nos élèves. Dans une telle situation, une réponse unique parait sécurisante et est rassurante pour l’institution mais elle dénote une volonté de contrôle qui abolit notre liberté d’innover. Les chemins de traverse permettent aussi de répondre aux besoins d’apprendre tout en maintenant la possibilité de répondre ensemble à l’exigence de faire progresser et de développer les compétences de nos élèves.

Devions-nous par exemple nous limiter aux échanges de courriels pour ne pas pénaliser ceux qui ne peuvent participer à des classes virtuelles ? Ces dernières ont pourtant eu le mérite de maintenir plus facilement une dynamique de classe.

Devions-nous utiliser les Classes virtuelles du CNED qui au démarrage avaient du mal à supporter les nouvelles charges de connexion ou nous lancer dans un outil comme Discord, cet outil informel que nos élèves utilisent pour jouer en ligne et que plusieurs connaissent bien ? Si cela facilite la prise en main des apprenants, on court le risque de mélanger les genres. Cet outil de « gamer » peut-il être utilisé pour travailler et faire le pas de côté qui nous permet d’apprendre et de faire apprendre ? On l’utilise alors en recourant détourne à ce qu’en ergonomie on appelle « catachrèse » (quand un utilisateur détourne un outil ou un objet pour d’autres usages que ceux prévus initialement.)

L’essentiel est sans doute de ne pas cantonner notre métier à une approche techniciste.

DU BON USAGE DES OUTILS

Un outil numérique destiné à l’apprentissage ne doit pas être trop coûteux pour son utilisation. Tout utilisateur doit réaliser sa tâche (efficacité) avec un minimum d’efforts, d’erreurs et d’opérations (efficience) tout en offrant un degré de confort suffisant (satisfaction). La prise en main rapide de l’interface avec un niveau de performance suffisant dès la première utilisation est également essentiel (critère d’ « apprenabilité »). Il est important d’avoir une interface numérique agréable à utiliser mais le système utilisé doit être simple pour se centrer sur la tâche et non sur comment la réaliser avec l’outil numérique. Le dialogue doit être concis, sans information inutile. Toute nouvelle information est en compétition avec les autres. Plus un environnement est esthétique plus il favorise l’apprentissage mais il doit être également minimaliste.

GARDER LE LIEN

Un autre enjeu est de garder le lien avec et entre les élèves. « Le travail autonome peut apparaître comme un travail individuel, personnel et indépendant mais la construction de l’autonomie peut être vue comme un processus se construisant à plusieurs par l’interaction, l’échange, le partage et la confrontation d’idées. » [2]. C’était une gageure dans l’immédiateté du confinement où nous n’avions pas pu préparer les élèves à la distance et à la prise en main d’outils numériques qu’elle sous-tend.

UN OUTIL COLLABORATIF

En fonction de tous ces éléments, nous devons nous outiller pour le distanciel avec des outils qui respectent les critères d’utilisabilité pour les enseignants et les élèves. Un élément essentiel est de pouvoir les inscrire dans des environnements qui offrent un panel d’outils comme nos ENT (environnements numériques de travail), les différents packs ou suites de bureautique, qui automatisent le partage de documents, c’est-à-dire qu’ils permettent de créer un document partagé avec l’ensemble d’une classe qui sera automatiquement envoyé à un groupe sans avoir besoin de le dupliquer. Ce même document sera aussi facilement récupéré par l’enseignant sans avoir besoin de traiter un nombre incalculable de courriels.

L’ÉQUIPEMENT PERSONNEL

Il faudrait dans l’idéal également développer le BYOD, qui est l’acronyme de l’expression anglaise Bring Your Own Device (en français : « Apportez votre équipement personnel de communication ») à l’école désigne l’usage, dans le cadre scolaire, d’un équipement numérique personnel dont la responsabilité ne relève ni de l’État, ni de la collectivité [6].

Emmanuel Maugard

Professeur d’histoire-géographie en collège-lycée, enseignant-formateur en cultures numériques et en usage du numérique pour l’apprentissage (licence et masters MEEF)

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Repéré depuis http://www.cahiers-pedagogiques.com/Reflexions-sur-les-outils-de-l-enseignement-a-distance