Les besoins des entreprises en matière de formation

Les entreprises sont en souffrance, car leur dette numérique est considérable. La formation est bien évidemment un des principaux leviers pour les aider à rattraper leur retard, mais les maigres budgets de formation ne suffiront pas à combler la dette, et la réforme de la formation professionnelle n’y changera rien (même si elle assouplit un dispositif qui avait très mal vieilli).

Les approches pédagogiques traditionnelles et leurs limites

Les dispositifs pédagogiques les plus courants utilisés en entreprise sont les sessions de formation présentielles (1 à 2 journées façon « bourrage de crâne »), un grand classique, mais avec un faible taux d’assimilation ; les ateliers de mise en pratique qui sont essentiels, mais demandent du temps et des ressources ; les examens pour évaluer l’assimilation des connaissances et officialiser l’acquisition de compétences (en théorie), mais qui en pratique prennent invariablement la forme d’un QCM qui induit une part importante de chance.

Les défis que le e-learning n’arrive pas à relever

Aujourd’hui, en cette période de forte tension liée à l’accélération numérique, les collaborateurs sont censés se motiver et se prendre en charge pour monter en compétences numériques, c’est le principe de formation à distance, une forme passive d’apprentissage. Malheureusement, dans la majorité des entreprises, c’est la hiérarchie qui décide d’une action de formation et qui la répercute sur les collaborateurs sans les concerter, sans leur expliquer les enjeux et sans forcément aménager du temps dans leurs journées de travail. Il en résulte un phénomène de rejet lié à un blocage psychologique / hiérarchique (les collaborateurs prétextent qu’ils n’ont pas le temps).

Les innovations pédagogiques récentes et leurs déboires

Différentes innovations pédagogiques ont été introduites au fil des années :

  • La gamification. Un principe qui n’est pas nouveau (cf. cet article publié en 2011 : La gamification au service de la rétention et de la transformation), qui apporte effectivement un côté ludique à des dispositifs très sérieux, mais qui ne peut pas faire de miracle face à des apprenants qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent se former.
  • La réalité virtuelle. Là encore, rien de neuf, car les simulations sont utilisées de longue date (ici, un article publié il y a plus de 5 ans : Le secteur de la réalité virtuelle en pleine ébullition). Une approche qui peut produire d’excellents résultats, mais qui coûte cher à produire et qui n’est pas forcément adaptée à tous les sujets (pas besoin de contenus pédagogiques en VR pour expliquer les enjeux du commerce phygital).
  • Le fast learning. Une approche radicale qui consiste à adapter la pédagogie à celles et ceux qui ne peuvent pas suivre un programme complet (ex : les personnes souffrant de déficit de l’attention). Une logique tout à fait pertinente dans certains cas de figure, mais qui a été complètement détournée pour pouvoir compenser le manque de temps de salariés sous pression et surtout pour pallier à l’incapacité de nombreux adultes à se concentrer plus de 10 minutes sur un sujet (le mal du siècle).
  • Le slow learning (un cousin du mobile learning) qui consiste à découper le matériel pédagogique en des sessions ultra-courtes (2 à 3 minutes), dans un format adapté aux terminaux mobiles (principalement les smartphones) afin de délivrer l’équivalent d’une journée de formation sur une échelle temporelle beaucoup plus longue pour stimuler l’ancrage mémoriel (mémoire chimique vs. mémoire électrique). Là encore, l’approche est pertinente, mais n’en demande pas moins beaucoup de rigueur de la part des apprenants qui abandonnent rapidement et se laissent absorber par le quotidien.

Ces innovations sont de nature différente et apportent des propositions à des problèmes bien réels : manque de temps, manque de motivation, manque d’intérêt. Malheureusement, nous n’avons pas encore réussi à trouver la formule miracle, celle qui fonctionne à tous les coups.

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Repéré depuis https://www.sysk.fr/2019/04/05/tendances-et-evolution-des-pratiques-pedagogiques-avec-alexandre-stopnicki/