Depuis le 11 mai, les organismes de formation ont pu rouvrir leurs portes. Comment se passe la reprise de l’activité en présentiel ? Quel est l’impact des mesures de sécurité sur les sessions ? En quoi la formation sort-elle transformée de la crise ? Nous avons interrogé trois représentants de prestataires de formation sur tous ces aspects de leur métier : Thibault Gousset (Apave), Arnaud Portanelli (Lingueo) et Natacha de Saint-Vincent (Lefebvre-Sarrut).

Une reprise progressive de l’activité

Officiellement, le déconfinement a commencé le 11 mai. En pratique, cependant, de nombreuses restrictions sont restées en vigueur tout au long du mois de mai, en particulier en Ile-de-France et dans l’Est. Une partie des contraintes a été levée le 2 juin, et un quasi-retour à la normale est annoncé pour le 22 juin. Pour autant, des mesures de distanciation et d’hygiène sont maintenues, avec des conséquences sur l’organisation des activités de formation. Surtout, les entreprises sont occupées à redémarrer leur activité, et les réticences à participer à des activités collectives pourraient se perpétuer au-delà de la durée de validité des obligations légales.

Les vertus cachées de la classe virtuelle

Le retour à la normale risque également de se faire attendre en matière d’offre de formation – et c’est une bonne nouvelle. La formation à distance a le vent en poupe, grâce au meilleur des commerciaux : l’expérience.

« La période de confinement nous a beaucoup appris sur la formation à distance », se souvient Natacha de Saint-Vincent. « Nous avions beaucoup d’idées reçues sur le sujet. Mais nous avons pris conscience de deux choses :

  • La première, c’est que le maintien d’un contact avec un formateur reste incontournable. Le distanciel synchrone, c’est-à-dire la classe virtuelle, fonctionne mieux que le 100% e-learning sur nos thématiques.
  • Le second enseignement est plus contre-intuitif : en classe virtuelle, une session longue fonctionne mieux que plusieurs petites sessions courtes. Au départ, nous estimions que la classe virtuelle ne devait pas durer trop longtemps, pour conserver l’attention des stagiaires. Nous avons donc découpé nos formations en plusieurs petites sessions, réparties sur la semaine. Nous avons essayé plusieurs types de découpages. Mais en définitive, d’un point de vue pédagogique, pour une formation en présentiel de 2 jours, par exemple, la meilleure formule reste une classe virtuelle de 2 jours. Bien sûr, nous ne faisons pas deux jours d’affilée sans rupture. On fait des ateliers, on divise le groupe en sous-groupes, on rythme par des exercices, des échanges, pour maintenir l’engagement. » 

L’irrésistible ascension du distanciel dans l’offre de formation

Les organismes de formation vont donc nécessairement faire évoluer leur offre. Sans pour autant passer aveuglément au 100% distanciel, qui n’est pas toujours possible ni souhaitable. Tout l’intérêt de cette crise est de permettre une évolution des pratiques fondée sur une expérience concrète, et non pas sur des discours technophiles et idéalistes.

Un effet contrasté sur l’organisation interne des organismes de formation

Les organismes de formation sont des entreprises comme les autres, et la période du confinement a eu un impact sur leur propre organisation : chômage partiel, télétravail forcé, relations à distance… « Comme dans n’importe quelle entreprise », raconte Natacha de Saint-Vincent, « il a fallu mettre en place le télétravail, avec des collaborateurs et des managers qui n’en avaient pas toujours l’habitude. Il fallait garder les équipes engagées, tout en mettant en place le chômage partiel. Avec le recul, ça s’est plutôt bien passé. C’est une belle découverte collective d’une autre manière de travailler, qui pourrait changer nos façons de faire de manière durable ».

Un marché d’après-crise difficile pour les organismes de formation

Au-delà de la crise économique annoncée pour 2020, le marché de la formation va affronter des transformations qui prolongent des évolutions antérieures en les accentuant. « La réforme avait déjà réorienté les financements de l’entreprise vers les petites entreprises et les demandeurs d’emploi », rappelle Natacha de Saint-Vincent. « De plus en plus, la dépense de formation est en risque d’être mise de côté par les entreprises à moins de pouvoir démontrer son ROI. La crise du Covid-19 va accélérer ce mouvement. Beaucoup d’entreprises vont aller à l’essentiel, se concentrer sur le rattrapage de leur activité, et donc former leurs salariés prioritairement sur ce qui est directement favorable à leur business. Les formations obligatoires vont perdurer, ainsi que celles qui sont vraiment indispensables à l’exercice d’une activité. Mais les autres risquent de disparaître. On peut donc s’attendre à une concentration du marché. » Au détriment des organismes les plus fragiles, et peut-être de l’indépendance des plus petits.

Le secteur de la formation ne sera plus jamais le même après la crise épidémique. La formation à distance dispose désormais d’un avantage économique plus décisif que jamais, qui devrait survivre dans une large mesure à la période d’incertitude qui se dessine. Les organismes de formation vont devoir réinventer simultanément leur modèle économique, leur offre et l’articulation de leurs modalités pédagogiques. Parallèlement, la gestion de la formation au sein de l’entreprise va devenir un exercice essentiel et exigeant une grande expertise. Le rôle du responsable formation s’en trouvera encore renforcé.

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