Notre temps est un temps court, et notre capacité d’attention n’a jamais été aussi réduite. Pour réussir à répondre au plus vite aux besoins croissants de formation, ce sont tous les processus qui doivent faire une cure de réduction. La conception, la production et bien sûr le temps de formation. Alors, prêt pour le rétrécissement ?

 

Diminuer le temps de formation

Trouver un peu de temps dans son agenda pour se former devient de plus en plus compliqué, et même si le Digital Learning permet de fractionner ce temps, de le placer dans de petits interstices, de le déplacer à des moments jusqu’alors inaccessibles, parfois cela ne suffit toujours pas. En dernier recours, il ne reste plus qu’à réduire le temps consacré à la formation. Celle-ci doit donc trouver des astuces, faire des sacrifices, se rétrécir au maximum pour ne pas se retrouver repoussée de jour en jour faute d’assez de temps libre pour être consommée.

La tendance est donc aux modules courts, ultra-courts, presque tout riquiquis.

Est-ce bien raisonnable ? Peut-on vraiment se former le temps de fumer une cigarette ? ou d’écouter « Petit papa Noël » ?

La formation est un temps long, et doit prendre son temps, il est illusoire de penser qu’il est possible de se former en un claquement de doigts, aussi habiles à taper, double-cliquer, ou scroller soient-ils sans prendre le temps d’ancrer les savoirs. Aussi vite envolés qu’ils sont avalés.

Diminuer le temps de conception

Il va pourtant falloir s’y habituer (même si ce n’est pas la meilleure idée) la formation tend à se raccourcir. Et plus encore que l’envie de la faire courte, l’impatience à en disposer vite augmente elle aussi. Les processus de conception sont alors eux aussi sous pression pour raccourcir les délais. Tous les moyens sont bons pour sauter des étapes jugées inutiles, toutes les audaces sont possibles pour trouver des raccourcis, comme penser qu’un expert peut lui-même scénariser une séquence pédagogique, rédiger le script d’une vidéo, concevoir un exercice et parfois même écrire les quiz de validation. Sans vouloir dire qu’ils n’en sont pas capables, ce sont plutôt des compétences jusqu’alors détenues par des ingénieurs ou concepteurs pédagogiques. Concevoir une formation avec ces méthodes, sans en faire un prototype et encore moins la tester sur un groupe pilote, reviendrait presque à concevoir un avion et vérifier qu’il vole comme prévu en conditions réelles. Quoi ? c’est ce que fait B@3ING ? Non… vous rigolez !

Diminuer le temps production

Tant qu’à faire de concevoir rapidement, autant produire rapidement non ? Ce n’est pas une tendance récente, mais plutôt ancienne. Le Rapid Learning a eu sa période de gloire dans les années 2000 à grand coup de conversion de PowerPoint en e-Learning. Aujourd’hui, des outils comme iSpring, Sway ou Spark vantent leur capacité à produire des contenus de formation en quelques minutes. Mazette, ce qui prenait des heures ou des jours il y a quelques années peut maintenant se réaliser en « quelques minutes » ? Quelle prouesse ! Ne serait-elle pas le fait d’une simplification extrême des formats et une grande pauvreté des contenus ?

 

Résumons : une conception faite au pas de course en sautant des étapes, une production ultra standardisée privilégiant quelques recettes visuelles et graphiques qui ne leurrent qu’un temps, et une consommation éclair. Est-ce vraiment raisonnable ?

 

 

« Il faut savoir réduire pour conserver. » — Pwanchir Pitu