Une fois n’est pas coutume, nous ne ferons pas l’éloge de nouvelles pratiques, de nouveaux formats, de nouveaux outils qu’apporte le Digital Learning, mais de ses petits ou grands défauts. Parce que oui, tout n’est pas parfait dans ce monde de la formation qui se réinvente. Passage à confesse, et pardon assuré !

 

Colère

Plus moderne, plus efficace, plus innovant, plus digital, plus souple, le Digital Learning qui se déclame tout nouveau tout beau n’aime pas (du tout) être contesté. Souvent chahuté sur le terrain de la pédagogie par les « anciens » qui l’accusent d’agiter ses atouts numériques au détriment des fondamentaux humains, ses réactions sont parfois virulentes et polémiques.

La colère est plutôt l’expression maladroite des adolescents qui cherchent à trouver leur place dans un monde qu’ils trouvent dépassé. Quand le digital ne sera plus une nouveauté, mais une normalité, les discours seront certainement moins enflammés.

Avarice

Le Digital apporte aux adorateurs de l’efficience le fabuleux pouvoir du reporting. Il est vrai que les rapports millimétrés mis à disposition par les outils du marketing digital peuvent donner l’envie de maîtriser le retour sur investissement de chaque euro dépensé. Mais n’en déplaise aux lecteurs matinaux compulsifs de tableaux Excel, il faut parfois savoir investir dans la durée par intuition ou conviction sans avoir de mesure précise et immédiate des résultats. Investir pour le long terme dans des contenus, des outils, des actions, est certes un pari osé et risqué, mais la formation est un temps long qu’il faut savoir accepter.

Envie

La petite course à la levée de fonds est non seulement le jeu favori de certaines startups, mais parfois le centre de leur stratégie. Cette compétition face aux investisseurs est une des nouvelles règles du jeu des candidats à la ruée vers l’or des fonds EdTech. Pour cela, les arguments qu’utilisent les startups en se comparant qui à Uber, qui à Netflix, qui à Instagram, font quelques fois penser à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.

Orgueil

Le pilonnage régulier des « formations à la papa » à grand coup de livre-blancs vantant les capacités du Digital Learning à engager, motiver, séduire et fidéliser ressemble à l’arrogance qu’on attribue souvent à la jeunesse.
La cohabitation parfois forcée du Digital avec le classique présentiel imposé par les parcours mixtes finira par réconcilier les deux mondes quand ils se connaîtront mieux.

Gourmandise

La tentation d’utiliser toutes les merveilles des outils digitaux est parfois irrésistible. Mais le mieux est l’ennemi mortel du bien. Trop de vidéos, trop de clics, trop de sollicitations, trop de notifications, trop d’utilisations des formules importées des travers du marketing peuvent faire apparaître bien vite la lassitude ou le sentiment de satiété.

Paresse

Le Digital Learning permet certes une précieuse capitalisation des savoirs, une collaboration asynchrone à laquelle les apprenants sont maintenant familiers grâce aux réseaux sociaux, une liberté de se former d’où l’on veut quand on veut, mais cette mise à disposition de moyens nouveaux pour se former ne dispense pas pour autant d’accompagner chaque apprenant dans son parcours personnel d’apprentissage. La motivation naturelle à « jouer » avec de nouveaux outils est de courte durée, et les forces de rappel du quotidien ont parfois le dessus sur cette motivation ponctuelle. Les faibles taux de complétion des moocs non accompagnés en sont le cruel témoin. L’engouement naturel et spontané au début des formations digitales s’entretient dans la durée par des efforts d’accompagnement continus et soutenus qu’il faut savoir fournir.

Luxure

(le meilleur pour la fin)

Rien de sert de le cacher, le Digital est excitant. Lancer sa première application de mobile learning provoque à coup sûr une bouffée de plaisir difficilement dissimulable. Ouvrir une plateforme de formation à distance ne peut pas laisser de marbre un organisme de formation. Il n’y a rien de honteux pour un expert à prendre du plaisir à se voir en vedette d’un Mooc.

 

Il n’y a finalement aucune raison de ne pas se réjouir du succès du Digital Learning.

 

« Faites encore quelques efforts et vous serez pardonné. » — Guillaume Dubois