Contrôles, tests, examens et autres devoirs sur table seront-ils bientôt des termes désuets ? C’est en tout cas l’avis de Rose Luckin, chercheuse en sciences de l’#éducation à l’University College London. Selon elle, la manière dont nous évaluons aujourd’hui les élèves est peu satisfaisante. « Des décennies de recherches ont montré que connaissance et compréhension ne peuvent être rigoureusement évaluées via une série d’examens de 90 minutes. Le paradigme actuel est stressant, déplaisant, peut écarter certains élèves du système éducatif, et nécessite qu’étudiants et professeurs travaillent séparément, chacun dans son coin. Pourtant, nous continuons, dans le monde entier, à nous appuyer sur ce système bancal, envoyant à l’université, puis sur le marché du travail, des étudiants mal équipés pour l’avenir », écrit-elle dans un papier de recherche.

Comprendre le profil de chaque élève

À quoi donc pourrait ressembler un système d’évaluation alternatif, s’appuyant sur l’intelligence artificielle ? Selon Rose Luckin, celle-ci est aujourd’hui capable de proposer un suivi individuel sur le long terme à chaque élève. Ainsi, des techniques comme la modélisation informatique ou l’#apprentissage machine (machine learning dans l’idiome d’Alan Turing) permettent d’abord d’évaluer les connaissances d’un élève sur un sujet précis. Dans un deuxième temps, un ordinateur peut également déterminer les qualités personnelles d’un élève, comme sa persévérance ou sa capacité à travailler en équipe, ainsi que ses caractéristiques psychologiques, comme sa confiance ou sa timidité. Enfin, l’ordinateur est capable d’actualiser ces informations sur la durée, soit un semestre, une, voir plusieurs années scolaires. À l’inverse, un examen papier ne permet de rassembler qu’une partie de ses informations (celles qui ont trait aux connaissances emmagasinées par l’élève, tout ce qui touche à son profil personnel ne pouvant être analysé) et ce de manière ponctuelle.

L’intelligence artificielle au service des enseignants

Selon Rose Luckin, l’adoption d’un tel dispositif permettrait de rendre le système scolaire plus égalitaire, en offrant à chaque élève un enseignement personnalisé sur le long terme. Ceci demeure aujourd’hui l’apanage des élèves issues des familles les plus favorisées, qui peuvent bénéficier de cours particuliers. L’évaluation serait en outre plus précise, car basée sur des données plus riches, rassemblées sur le long terme, d’une part, et plus complexes qu’une simple succession de « vrai » ou « faux » d’autre part. Il serait ainsi possible d’analyser comment un élève réagit à la difficulté, quelle est sa capacité de persévérance et la vitesse à laquelle il emmagasine de nouvelles connaissances, autant de données importantes pour analyser les talents de chacun et que le système d’évaluation actuelle ne permet pas de bien mettre en valeur. Elle affirme également que l’usage de logiciels d’intelligence artificielle dans l’éducation nécessiterait un certain nombre de précautions. La sécurité des données des élèves devra être assurée. Les logiciels d’intelligence artificielle utilisés doivent également être parfaitement transparents : le professeur doit pouvoir comprendre chacune des conclusions que le logiciel émet sur l’élève, remonter à la source et comprendre quelles données lui permettent d’arriver à cette conclusion.