La compétence collective n’est pas la somme des compétences individuelles. C’est beaucoup plus que cela… ou bien moins. Ce qui garantit aujourd’hui la performance des organisations, et la confiance que l’on peut placer en elle, c’est l’effort déployé pour créer des cadres de travail facilitant la mise en œuvre du professionnalisme et les interactions favorisant la compétence collective. C’est une révolution pour la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) qui doit sortir de la logique de liste de compétences individuelles pour s’intéresser au « savoir agir en situation ». Explication illustrée d’exemples par Guy le Boterf​, expert-consultant internationalement reconnu, lors du Learning Circle organisé par Demos le 22 octobre 2015 à Paris.

Dans votre conférence au Learning Circle du 22 octobre, vous avez insisté sur la nécessité de changer de raisonnement sur la notion de compétence. Pourriez-vous préciser de quoi il s’agit ?

« Je pars d’un constat. Il existe dans des sociétés comme la France une demande croissante de confiance de la part des clients, des patients, des usagers. Ces derniers se posent les questions suivantes : comment pouvons-nous faire confiance dans la sûreté des installations industrielles ou des centrales nucléaires ? Dans les écoles dans lesquelles vont nos enfants ? Dans les hôpitaux dans lesquels nous devons aller ? Dans la qualité des produits que nous achetons ? Dans les conseils que nous fournit une agence publique ?
On a répondu jusqu’ici à cette demande par des procédures qualité. Cela a permis de faire d’importants progrès, mais il existe une limite. Trop de procédures vont à l’encontre des nécessaires prises d’initiatives devant l’inédit. Elles sont par ailleurs toujours incomplètes et il peut être contre-productif de ne s’en tenir qu’à ce qui est prescrit.
On a également répondu aux exigences de sécurité par des aides automatisées comme le pilotage automatique. Cela a permis la réalisation de progrès non négligeables. Cependant trop faire confiance à ces aides peut entraîner de l’hypo vigilance. N’oublions pas que sur dix incidents qui surviennent lors d’un voyage en avion, trois sont en moyenne récupérés par les aides automatisés, et sept par le pilote. Il existe certes des risques dus à ce que l’on appelle le “facteur humain”, mais aussi de réelles chances de pouvoir recourir à ce “facteur humain” en cas d’incidents ou d’imprévus..

Au-delà des compétences individuelles, comment faut-il aujourd’hui traiter les compétences collectives ?

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à des contextes constamment évolutifs, difficilement prévisibles de façon précise et caractérisés par leur complexité. Les clients, les patients, les usagers deviennent de plus en plus exigeants sur la qualité et la sécurité des services, et demandeurs en permanence d’innovations. De ce fait, la performance des entreprises et des organisations (hôpitaux, centres de santé, administrations publiques, collectivités territoriales…) ne peut pas résulter d’une juxtaposition ou de l’addition de compétences individuelles. Une somme de bons professionnels ne fait pas le printemps ! La valeur ajoutée réside de façon croissante non pas dans l’addition de chaque opération réalisée, mais dans leurs interfaces.