Il a été rappelé dernièrement que Robinson, au moment du naufrage, « va dans la cale chercher des choses très concrètes qui vont lui permettre de survivre, du fromage…, du jambon… ». Et le formateur, que doit-il aller chercher lui, dans la cale, pour traverser la crise ?

 

De quoi se nourrir

La majorité des formateurs vendent leur temps de formation et principalement en salle. Pour plusieurs raisons, cela va devenir difficile :

  • les contraintes sanitaires d’aménagement des salles et d’espacement des participants ;
  • les craintes de se regrouper tant que le risque sanitaire n’est pas totalement maîtrisé ;
  • les habitudes prises pendant la période de confinement ;
  • les consignes qui sont données par les entreprises de ne pas participer à des réunions externes ;
  • le souhait de réduire les coûts de formation.

Cependant, pendant cette période de confinement les formations ne se sont pas arrêtées, elles ont même été encouragées par le dispositif FNE-Formation, mais elles se sont toutes déroulées à distance.

Aie ! coup dur pour les formateurs, il va falloir se dématérialiser, et apprendre à former à distance, et cela commence par l’ouverture d’un compte sur un outil de classe virtuelle.

Mais pour basculer son activité de formation en salle en formation à distance, ouvrir un compte ne suffit pas, il faut :

  • savoir transposer les modalités pédagogiques et en connaître les conséquences :
    • de présentiel à distanciel ;
    • de synchrone à asynchrone ;
  • connaître les caractéristiques pédagogiques de la classe virtuelle :
    • les principes pédagogiques du distanciel synchrone ;
    • les activités pédagogiques spécifiques ;
    • les relations animateur / participants ;
    • les leviers d’attention, de motivation, de mémorisation ;
    • les rythmes : alternance d’activité, durée, intensité, posture ;
  • connaître les spécificités de classe virtuelle :
    • pour la préparation ;
    • pour l’animation ;
  • maîtriser l’outil de classe virtuelle choisi :
    • son administration, sa configuration et ses réglages de sécurité ;
    • la planification des sessions et les modalités d’inscription ;
    • la lancement des sessions et l’accès des participants ;
    • l’utilisation de ses fonctionnalités (chat, prise de paroles, interactions…).

Une fois ces bases acquises, le formateur peut à nouveau exercer ses activités d’animation, mais cette fois, à distance.

 

De quoi construire

Une fois l’outil maîtrisé, il reste à construire des modules de formation qui lui sont adaptés.

Pour cela, la transposition de formation en salle vers la classe virtuelle peut se faire selon 4 niveaux :

  1. le simple redécoupage des contenus existants sans ajustement ;
  2. la sélection des contenus essentiels et l’ajout d’interactions spécifiques à la classe virtuelle ;
  3. l’allègement des contenus essentiels et l’ajout d’interactions externes (comme Wooclap, Klaxoon, Beekast,…) ;
  4. la conception d’un nouveau déroulé pédagogique adapté à la classe virtuelle, la conception de nouveaux contenus et d’interactions externes.

Notre préférence va bien sûr vers le 3e ou le 4e niveau, mais encore faut-il avoir les compétences nécessaires, et surtout en avoir le temps.

Pour ces niveaux 3 et 4, il faut apprendre à :

  • concevoir des activités interactives : sondage, quiz, nuage de mot, brainstorming… ;
  • intégrer des supports : présentations, vidéos, documents… ;

 

La maîtrise de l’animation à distance n’est pas immédiate, il ne faut donc pas négliger son évaluation pour rapidement s’améliorer, et ceci selon plusieurs axes :

  • la satisfaction des apprenants
  • le format pédagogique (magistral, participatif…), les contenus, le rythme et la durée ;
  • l’animation, les interactions.

Sans oublier de faire une validation :

  • des savoirs essentiels, facultatifs ;
  • des principes et méthodes exposés ;
  • des compétences acquises, des changements de comportements ;

Pour que l’expérience de tous (l’animateur comme les participants) soit réussie, il faut soigner les principales séquences :

  • l’accueil des participants ;
  • les activités : magistrales, participatives en groupe et sous-groupe, individuelles ;
  • les interactions : provoquées ou spontanées ;
  • les sondages et les quiz, l’utilisation du tableau-blanc, du partage d’écran… ;
  • la clôture d’une séance.

Mais aussi anticiper et se préparer aux scénarios catastrophes :

  • problèmes de connexion ;
  • problèmes audio/vidéo ;
  • problèmes de partage d’écran et de documents ;
  • problèmes de sécurité ;
  • absences ;
  • participants passifs ou inactifs.

C’est tout un savoir-faire d’animation en salle, ancré et solide qu’il faut reconstituer pour la classe virtuelle.

 

De quoi chasser

Une fois débarrassé de la lourde logistique des formations en salle habituellement prise en charge par les organismes, la tentation peut être grande de faire cavalier seul.

Tant qu’à faire de l’animation à distance, pourquoi ne pas se lancer dans le e-Marketing et le e-Commerce ?

Pour cela le formateur doit alors tenter l’aventure du marketing de ses offres et de leur commercialisation. Cette activité est pour beaucoup totalement nouvelle, mais les outils nécessaires ne sont ni chers, ni complexes.

Pour se lancer, il suffit :

  • d’un chouette site de présentation de ses offres (WordPress ou Wix sont vos amis) ;
  • d’un outil de planification et d’inscription : (Calendly fera l’affaire) ;
  • d’un outil de paiement en ligne (PayPal est suffisant pour démarrer) ;
  • d’un outil de classe virtuelle (Zoom a réglé la plupart de ses défauts et devient tout à fait recommandable).

 

Bien sûr, la classe virtuelle n’est pas l’unique (et heureusement) modalité de formation à distance, c’est une des nombreuses que l’on peut utiliser pour bâtir un véritable dispositif de Digital Learning.

 

« La formation ne peut pas périr. » — Daniel Defoe