La loi « Avenir professionnel » a été votée le 5 septembre 2018, depuis, les décrets d’application ont été publiés. Hormis le montant des cotisations qui reste identique (1 % pour la contribution à la formation professionnelle + 0,68 % pour la taxe d’apprentissage calculé sur la masse salariale brute), tout le reste change ! (nous en parlions ici). Le big-bang annoncé début 2018 est bien là, et le réveil risque d’être dur pour ceux concernés par la réforme qui ont « omis » de s’y intéresser. Wake-up !

Les autruches employeurs

Lorsque les autruches sortiront la tête du sable pour établir le plan de formation 2019, le travail sera vite fait. Il n’y en a plus ! Il est remplacé par le plan de développement des compétences.

Mais là, les choses se compliquent : il ne suffit plus de demander un programme, un prix, une convention de formation et réclamer une feuille d’émargement pour que l’action de formation soit imputable et financée. Il va non seulement falloir définir les objectifs professionnels et les processus pédagogiques permettant des les atteindre, mais également les financer, car le cofinancement des formations par les OPCA (appelés maintenant OPCO) pour les entreprises de plus de 50 salariés n’existe plus, il est réservé aux entreprises de moins de 50 salariés.

« Entreprise de plus de 50 salariés recherche son nouveau Responsable formation et développement des compétences » voilà une petite annonce qui devrait fleurir rapidement sur les sites d’emploi.

Les autruches salariées

« Mon cher DRH, pouvez-vous m’inscrire à cette formation s’il vous plaît ? »

« Bien sûr cher salarié, attendez encore quelques années que votre CPF soit suffisamment approvisionné et débrouillez-vous seul avec l’appli CPF ! »

Les actions de formation n’étant plus cofinancées par les OPCO pour les entreprises de plus de 50 salariés, les demandes de formations risquent fort d’être largement refusées.

Déjà peu concernés par le DIF en son heure, peu de salariés ont créé leur Compte Personnel de Formation. Et pourtant, revers de la médaille d’une réforme qui se veut tournée vers les individus, ils vont devoir (et c’est une bonne chose) s’impliquer dans le choix et l’organisation de leurs formations, tout sera plus clair et accessible dès que l’appli CPF sera disponible.

Les autruches organismes

« Dites-moi mon cher Directeur Commercial, comment expliquez-vous cette brutale chute des inscriptions ? »

« Euh… et bien avec l’arrêt du cofinancement pour les entreprises de plus de 50 salariés, et comme nous n’avons pas mis en place d’actions pour prospecter les petites entreprises nous n’avons plus de stagiaires. Et nos formations n’étant pas certifiantes, elles ne figurent pas dans la liste des formations CPF ».

Rendre ses formations finançables au titre du CPF demande de revoir complètement l’ingénierie de formation, les supports, les modalités pédagogiques, car à 15 € de l’heure, on est loin des 30 ou 40 € habituels, sans compter les moyens de certifications enregistrés au RNCP.

 

Cette réforme, tant attendue (mais aussi contestée) chamboule sérieusement les ronronnantes habitudes de RF, des OPCA, des organismes, et change complètement les circuits et conditions de financement des formations. Marc Dennery conseille de faire de la veille pendant les 6 prochains mois pour suivre les évolutions de la mise en œuvre de cette réforme, et d’attendre… mais pas trop, car l’argent et les formations ne tombent pas du ciel.

 

« La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat. » — Friedrich Nietzsche