Initiés en 2008 par deux chercheurs canadiens, les Mooc (Massive open online courses) n’ont pas tenu leur promesse de démocratisation des connaissances de l’enseignement supérieur français. Mais ils gardent tout leur intérêt pour renouveler l’approche pédagogique des formations initiales et ouvrir de nouveaux horizons à la formation professionnelle.

Le tourisme culturel, les clés de la laïcité, répondre aux défis de santé en Afrique, données et algorithmes… Une simple visite sur France université numérique (FUN), la plateforme française des Mooc (Massive open online courses), permet d’entrevoir la diversité des propositions faites aux internautes soucieux d’acquérir de nouvelles connaissances. « Les établissements continuent à en produire régulièrement« , souligne Catherine Mongenet, directrice de la plateforme, lancée en 2013 par le MESRI. De 25 modules réalisés par 10 établissements à ses débuts, le site en abrite aujourd’hui 528, produits par 131 établissements différents.

« Pas de révolution »

« La révolution des Mooc n’a pas eu lieu dans l’enseignement supérieur, confirme Éric Vantroeyen, chargé de mission « e-learning » à l’école Polytechnique et animateur du groupe Stratégie numérique et formation à distance au sein de la Conférence des grandes écoles (CGE). Au début, tout le monde voulait créer un Mooc, sans forcément savoir ce qu’il fallait faire. Aujourd’hui, nos établissements continuent sur cette lancée, mais pas pour les mêmes raisons ».

Peu de réflexion stratégique

Et côté universités ? « Au début, les enseignants se sont lancés dans une production expérimentale de Mooc, confie Damien Aubert, ingénieur pour l’enseignement numérique à l’université de Nantes. Certains se sont arrêtés, et d’autres ont continué, sans pour autant suivre une stratégie très identifiée ». Dans cette université, qui a produit 8 Mooc, ces cours s’adressent, in fine, à des publics variés. Comme ce Mooc sur la biologie cellulaire (qui en est à sa 6e session), qui s’adresse autant aux étudiants de première année de médecine qu’aux professionnels de santé ou au grand public intéressé par les sujets sociaux.

« Je ne dis pas que l’engouement a disparu, mais c’est moins un sujet d’actualité qu’il y a cinq ans », poursuit l’ingénieur. Le centralien Matthieu Cisel, spécialiste du sujet, se montre plus grinçant : « les Mooc ont reçu une attention disproportionnée et beaucoup d’établissements s’y sont engouffrés sans réflexion stratégique sur leur hybridation avec la formation initiale ».

Les Mooc ont reçu une attention disproportionnée et beaucoup d’établissements s’y sont engouffrés sans réflexion stratégique.
(M. Cisel)

Un outil parmi d’autres

Or, ils peuvent avoir toute leur place dans le renouvellement des pratiques pédagogiques. « Pas comme une fin en soi, mais comme un outil parmi d’autres, précise Marie-Cécile Naves, chargée de mission numérique à la CPU (Conférence des présidents d’université), qui participe à la réalisation du Mooc « Vers une planète apprenante », tiré des travaux du chercheur François Taddéi. À ses yeux, ces outils ont l’avantage de « correspondre aux usages des plus jeunes, comme la lecture de vidéos, et d’encourager l’horizontalité », notamment via les forums de discussions des Mooc. « La CPU est très engagée là-dessus car soucieuse de déployer une palette de formations plus vaste et plus souple ».

« Si on s’éloigne de l’espérance d’accès à la formation pour tous, ce dispositif peut avoir des bénéfices très positifs pour les personnes autonomes dans l’apprentissage« , conclut Eléonore Vrillon, qui a publié en septembre dernier une thèse sur les usages réels des Mooc.

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Repéré depuis https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/les-mooc-continuent-a-faire-leur-mue.html