Le neurologue Bernard Croisile a répondu aux questions des internautes sur le fonctionnement de nos mémoires à chaque âge et sur les processus d’apprentissage. Compte rendu.

De combien de « types » de mémoires disposons-nous (à court terme, moyen-long terme) ?

Bernard Croisile : Il y a plusieurs stocks : la mémoire des souvenirs personnels, dite « la mémoire épisodique » ; la mémoire des savoirs ou mémoire sémantique ; et la mémoire procédurale, c’est-à-dire les gestes. Il y a aussi plusieurs étapes pour l’apprentissage : l’étape des mémoires sensorielles, qui permettent de récolter les informations, l’étape de mémoire à court terme, qui permet de se concentrer sur les informations pour les mémoriser et, enfin, la mémoire à long terme, qui est constituée en plusieurs stocks, dont on vient de parler.

Comment mémoriser une grande quantité de données pendant une courte durée ?

Il faut bien se concentrer, bien comprendre les informations à mémoriser, et surtout les apprendre plusieurs fois. Car le vrai secret de la mémoire, c’est d’apprendre plusieurs fois la même information, ou l’utiliser plusieurs fois.

Peut-on établir un lien entre une période de stress important et une perte de capacité de mémoire et d’apprentissage ?

Oui, effectivement, le stress et le surmenage interfèrent avec la concentration, ce qui fragilise l’apprentissage. Sorties de ces périodes de stress, nos capacités d’apprentissage redeviennent efficaces.

Quels sont les effets du sommeil sur notre mémoire ?

Le sommeil joue un rôle fondamental dans la consolidation des apprentissages de la journée précédente. Les personnes qui ont un mauvais sommeil, comme lors du syndrome d’apnée du sommeil, auront une moins bonne concentration et une mémorisation plus fragile.

La généralisation de l’approche « moteur de recherche » qui consiste à ne plus mémoriser de grande quantité d’informations mais à « chercher à la demande » entraîne-t-elle une baisse de nos facultés cognitives ?

Lorsque les livres sont apparus, les philosophes ont eu peur que la mémoire disparaisse. En fait, grâce aux livres, nous avons augmenté nos capacités cognitives : nous apprenions l’essentiel et réservions le reste de notre cerveau à la réflexion et la créativité, tout en sachant que les livres pouvaient nous fournir les savoirs manquants. La même inquiétude surgit avec les moteurs de recherche. Mais une réponse trouvée sur Internet sera retenue puisque nous avons fait l’effort de la chercher. L’ordinateur et Internet ne vont pas modifier notre mémoire mais plutôt notre façon de réfléchir.

Y a-t-il un lien entre mémoire, logique et intelligence ?

La logique et l’intelligence reposent en partie sur la mémoire, car il faut avoir acquis des connaissances pour résoudre des problèmes ou créer. Comme le disait Picasso, la peinture c’est comme le chinois, ça s’apprend.

Comment améliorer ses capacités mémorielles ?

Il faut d’abord protéger nos neurones et nos vaisseaux cérébraux des agressions : éviter alcool, drogue et tabac, traiter hypertension, diabète et troubles du cholestérol, pratiquer des activités physiques. Ensuite, pour avoir une bonne mémoire, il faut l’utiliser : l’apprentissage répété de la même information ou son utilisation fréquente au quotidien, renforce son ancrage dans le cerveau. Mais il n’existe pas de technique pour mieux apprendre, en dehors d’être attentif et de bien comprendre l’information à mémoriser.

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