L’école de demain sera numérique. C’est la promesse du Plan pour l’éducation, dévoilé en mai 2015 par François Hollande. Pourtant, entre infrastructures inadaptées dans les établissements, équipes éducatives pas ou peu formées ou encore échanges difficiles entre les parties concernées, cette initiative arrivera-t-elle à redorer le blason de l’ nationale ?

1 milliard d’euros sur trois ans

François Hollande avait en effet dévoilé, en mai 2015, les contours du Plan numérique pour l’éducation. Ce chantier, dont le budget s’élève à près d’un milliard d’euros, prévoit ainsi de mettre en place de nouvelles ressources matérielles et pédagogiques dans les collèges français, notamment en équipant les classes en tablettes et en lançant de nouveaux enseignements de la primaire au secondaire, comme des cours d’algorithmique, de programmation, ou une initiation au code dès le CE1.

Pourtant, et même si les premiers résultats ne sont pas quantifiables, on peut d’ores et déjà se demander si tous ces efforts peuvent véritablement changer la donne, dans un système scolaire français en crise depuis des années. Niveau de compétences des élèves continuellement en baisse, en particulier en orthographe, suppression de postes d’enseignants ou encore inégalités en tous genres… Le numérique pourrait-il jouer le rôle de Messie, capable de relever les scores alors que l’on compte chaque année 40% d’enfants, soit environ 300 000 élèves, qui sortent du CM2 avec de graves lacunes ?

Mettre la charrue avant les boeufs

Ne serait-ce pas ce qu’il est en train de se passer, 20 ans plus tard ? Si l’Éducation nationale respecte sa promesse d’équiper progressivement les collèges, pour atteindre les 100% d’ici 2018, elle semble cependant passer à côté de certains essentiels. La formation des professeurs en fait partie, alors même que plusieurs études prouvent que les résultats des pays qui ont investi depuis quelques années dans le numérique ne dépendent non pas de la qualité des outils que les élèves ont entre les mains mais de la capacité des équipes pédagogiques à se les approprier.

Des questions qui restent en suspens

Le contenu disponible sur les tablettes est-il pertinent et créé en collaboration avec des professeurs ? Est-il régulièrement mis à jour ? Le temps que les équipes pédagogiques prennent le pli de cette nouvelle ère, ces nouvelles technologies seront-elles devenues obsolètes ? L’État continuera-t-il à financer ces nouvelles techniques dans quelques années, lorsqu’il faudra changer les tablettes défaillantes par exemple ? Autant de questions qui ne trouveront pas de réponse tant que les acteurs de cette révolution scolaire ne communiqueront pas entre eux.

Prendre son mal en patience, c’est bien ce que recommande, à ce jour, l’Éducation nationale, qui demande à tous de ne pas crier au loup avant d’avoir pu observer les premiers résultats. “Il y a encore du chemin à faire pour trouver exactement la bonne direction. Au niveau national, ce qui est important, c’est de travailler sur les fondamentaux. Apporter aux enseignants le bon matériel, introduire les pratiques numériques au sein de l’établissement, c’est le premier point d’une impulsion nationale“, conclut Mathieu Jeandron, directeur du numérique pour l’éducation à l’Éducation nationale (“Plan numérique: Collectivités, rectorats, EPLE et entreprises, main dans la main pour une transformation éducative réussie” – Salon Educatec Educatice 2016).