Si l’école est peu présente en tant que telle dans cet ouvrage, l’éducation en revanche est pour l’auteur au premier rang de la lutte contre « la déraison ». L’auteur a d’ailleurs participé à nos dossiers sur l’éducation aux médias et sur la formation de l’esprit critique. Et puisque nous traitons ce mois-ci de l’attention, il nous parait pertinent de rendre compte de cet ouvrage où il en est beaucoup question.

S’appuyant sur de nombreuses études, mais aussi des exemples très concrets, empruntés au monde médiatique ou à la culture populaire, Bronner décrit cette tendance à démentir continuellement la belle affirmation du scientifique Jean Perrin, prix Nobel « les hommes libérés par la science vivront joyeux et sains, développés jusqu’aux limites de ce que peut donner le cerveau ». Nul ton accusateur, d’ailleurs G. Bronner utilise le « nous », d’autant qu’il s’agit d’un constat de type anthropologique. Trop facile pour lui d’accuser des « maîtres du monde » ou des « puissants », GAFA ou autres, qui nous imposeraient leurs vues et créeraient des besoins, détournant les rêves de la « foule sentimentale » (page 239). « Supposer que ces désirs ont été créés ex nihilo par l’offre est à mon avis une erreur de raisonnement, qui mérite à ce titre d’être mise en examen ».

Mais pour ce qui nous intéresse ici, à savoir le domaine éducatif, ce travail d’élucidation nous livre d’utiles pistes pour définir notre mission d’enseignants : faire émerger l’esprit scientifique, trouver les moyens de former des citoyens plus éclairés, à l’heure où, par exemple, trois quarts de français interrogés sur l’efficacité de l’hydro chloroquine …ne refusent pas de répondre à une telle question pour laquelle ils n’ont aucune compétence… Un ouvrage qui peut irriter par endroits, déprimer à d’autres, mais surtout stimuler, nous inviter aussi à penser contre soi-même et à mesurer l’immensité de notre tâche pour éviter un recul des Lumières et le triomphe des populismes en tous genres, dont le « populisme cognitif ». Et dans sa conclusion, Gérard Bronner après avoir récapitulé tous les dangers qui nous guettent, affirme cependant « les réponses existent potentiellement dans le trésor de notre temps de cerveau disponible »

Jean-Michel Zakhartchouk

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