La situation sanitaire actuelle nous oblige à nous isoler physiquement et nous avons rapidement trouvé des substituts pour continuer à collaborer. La formation doit également en trouver. Les solutions de visio-formation sont une alternative vers laquelle elle s’est orientée faute de mieux. Cependant, former à distance peut prendre bien d’autres formes.

 

Transposer ou re-composer

La première réaction face à la nécessité de continuer à former dans le contexte actuel est de trouver des modalités alternatives proches de celles utilisées habituellement :

  • cours magistral : vidéos d’expert ou documents numériques ;
  • cours en salle : classe virtuelle ;
  • travaux dirigés : outils collaboratifs ;
  • exercices individuels : e-learning ;
  • évaluation continue : quiz en ligne.

Face au manque de temps, les solutions qui nécessitent le moins d’adaptation sont les meilleures.

Cependant, les relations à distances ne sont pas les mêmes que celles à proximité, et les différences sont importantes :

  • le contexte personnel ;
  • l’environnement physique ;
  • le moment ;
  • les priorités ;
  • les sollicitations :
  • l’état d’esprit ;

À distance, nous ne sommes ni dans les mêmes dispositions, ni la même personne. Pour ces deux raisons, la simple transposition vers la modalité à distance la plus proche de celle en présence n’est pas la meilleure solution.

C’est toute l’ingénierie pédagogique qu’il faut revoir.

Le travail est important, car il faut alors :

  • définir (si cela n’a pas été fait) tous les objectifs pédagogiques ;
  • re-découper les contenus en objectifs pédagogiques distincts ;
  • distinguer les activités collectives et individuelles ;
  • ne pas confondre « se voir » avec « communiquer » ;
  • privilégier le synchrone pour les moments d’échange plutôt que le magistral ;
  • re-concevoir tous les contenus et les enrichir des consignes pédagogiques et des aides à l’appropriation ;
  • donner des signes de présence malgré la distance ;
  • se ménager et communiquer des plages de disponibilités ;
  • ne pas prendre une absence de réaction pour une approbation ;

Et pour finir par le plus difficile pour les formateurs : accepter de ne plus être le chef d’orchestre (le centre du monde) d’une formation, mais le facilitateur au service de l’apprentissage.

 

La distance : du pour et du contre

La distance est bien souvent moins un choix qu’une contrainte. Actuellement, elle est imposée, mais généralement elle est due à des facteurs géographiques, économiques, de disponibilité, d’organisation…

Elle a bien sûr des inconvénients :

  • la frustration du manque de proximité physique ;
  • l’absence de partage d’un espace physique commun ;
  • le manque d’activités sociales informelles : poignée de main matinale, pause-café, pause déjeuner… ;
  • la méconnaissance physique de l’autre (taille, aspect, gestes habituels…) ;
  • l’absence de communication non verbale ;
  • l’obligation de formaliser ses sentiments plutôt que de les laisser transparaître ;
  • une tendance à l’uniformisation des échanges ;

Mais pas que. La distance et les relations asynchrones qu’elle engendre peuvent avoir des avantages :

  • laisser chacun libre d’organiser son temps ;
  • mettre sur un pied d’égalité les timides et les grandes gueules, les impulsifs et les réfléchis… ;
  • laisser le temps de structurer et affiner les contributions et les commentaires ;
  • ne pas exposer sans filtre ses difficultés ;
  • donner une plus grande valeur aux moments d’échange ;

La distance est aussi une opportunité de prendre conscience de la vraie valeur des moments de proximité physique.

 

La distance et le temps, tout est relatif

Il est courant d’opposer présence et distance. Il n’est pas rare cependant d’être « présent » ensemble dans une même pièce et d’être pourtant « absent » des échanges. À l’inverse la présence à distance est tout à fait possible.

La notion de temps de formation est elle aussi, très relative. En dehors du temps mesurable entre les moments de l’entrée et de la sortie d’une salle de formation ou du temps de connexion, pendant combien de temps un apprenant s’est-il vraiment formé ?

Les LMS (Learning Management System) sont souvent vus comme un moyen efficace de mesurer le temps de formation à distance. Mais, quand on regarde de près les activités pédagogiques possibles en formation, on se rend vite compte que mesurer le temps passé à lire un document, faire un exercice, rédiger une contribution ou faire un devoir n’est ni simple ni fiable.

Cette notion de « temps de formation » (exprimée en jour ou en heure) si chère aux Responsables de formation, OPCOs, Dirrecte,… n’est finalement pas une unité de mesure pertinente.

Le temps est enfin venu de parler d’objectifs de formation, de les définir entre les managers et les formés, de les mesurer et de les évaluer réellement.

 

Ces réflexions sont issues des discussions à distance entre des amis* du Digital Learning, et compilées dans un carnet de (voyage) sur place.

* Nicolas Lozancic, Virginie Jaulin, Sylvain Vacaresse, Aurore Thion, Christian Martin, Philippe Gil, Philippe Lacroix, Matthieu Thomas, Nicolas Fromentoux, Bruno Galland, Olivier Bernaert, Stéphane Molinaro, Yannig Raffenel, Jonathan Piarrat, Alain Commissione, Jérôme Robyns, Clément Cahagne Anne-Sophie Gimenez, Grégory Maubon, Marine Corbelin, Nicolas Dupain, Lina Hamed, Jacques Rodet,…

 

« La formation présentielle ? je peux la faire disparaître ! » — Maurice Faier