“Formation”, un seul mot pour une activité aussi complexe, aussi convoitée, cela ne pouvait pas durer. De nouveaux termes ont fleuri pour tenter de la redéfinir : FOAD, e-Learning, Digital Learning, il en va de même pour les outils qui gravitent autour : LMS, LXP, LEP, xLMS. Ces mots sont révélateurs de changements profonds. Regard introspectif et prospectif sur la formation.

Mutation pédagogique

Les mutations sont des changements radicaux, profonds, et irréversibles. En génétique elles sont nécessaires et bienvenues, elles sont dues aux incidences de notre environnement ou pour s’adapter à notre environnement. La formation, cette activité fondamentalement liée à nos comportements mammifères est elle aussi en pleine mutation.

En premier lieu, la pédagogie a non seulement évolué d’un historique principe magistral, descendant et centré sur les contenus vers une pédagogie distribuée, participative, sociale et tournée vers les résultats opérationnels, mais elle s’est aussi largement diversifiée en proposant la pédagogie inversée, le constructivisme, ou encore l’apprentissage par la pratique.

Nos façons d’apprendre, et les façons de faire apprendre sont profondément bouleversées par le raccourcissement saisissant des délais entre l’émergence d’un besoin et l’emploi des moyens de le satisfaire grâce aux supers-pouvoirs que nous donnent les technologies et plus particulièrement le digital. Cette habitude de l’immédiateté engendre les mêmes impatiences en formation et donne même parfois l’illusion qu’il est possible de se former en 1 clic en “juste à temps, juste assez”. D’autre part, le renouvellement nécessaire et constant de nos connaissances nous oblige à nous former régulièrement, tout au long de la vie. Il faut donc trouver les moyens d’entretenir la flamme jusqu’à nos noces d’or avec la formation, et pour cela, la formation doit régulièrement se ré-inventer.

Mutation technologique

La formation a depuis toujours cherché à utiliser les nouvelles technologies en explorant les usages possibles des supports numériques comme les CD-Rom, en inventant le e-learning dès l’apparition d’Internet, en créant les MOOC grâce au web 2.0. Ces technologies bien que performantes n’ont pas permis de déporter la formation ou de l’emporter pour l’avoir en permanence à portée de main. Le Smartphone, lui, le permet, et cet avantage balaye complètement les difficultés qu’il impose : un petit écran, pas de clavier, pas de souris.

La convergence de toutes nos activités vers le mobile, conduit la formation à suivre cette même voie. Un virage à 180° par rapport aux précédentes tendances : des écrans de plus en plus grands, des interactions complexes avec la souris, une connexion permanente, et une grande puissance de calcul. Il faut oublier tout ce confort, et composer avec les nouveaux comportements qu’apporte la mobilité.

Le mobile learning est la prochaine mutation technologique de la formation aux conséquences multiples : raccourcissement drastique des durées des séquences, interactions sociales, liberté de lieu et de moment.

Mutation économique

Utiles mais complexes, voilà ce qui pourrait le mieux résumer les différents mécanismes de financement et obligations de formation des entreprises. Le dernier volet de la réforme de la formation n’est pas loin du big-bang annoncé mais ne rend pas pour autant l’accès à la formation limpide en proposant une nouvelle gouvernance et de nouvelles règles et contraintes de financement. La seule chose qui ne change pas, c’est le montant de la contribution formation. Pour le reste, les entreprises de moins de 50 salariés voient les portes de la formation s’ouvrir en grand, les entreprises de plus de 50 devront ouvrir leur porte-monnaie, et les salariés auront le pouvoir de choisir des formations certifiantes grâce au CPF.

C’est un équilibre économique déjà fragile qui va devoir encaisser les changements d’une réforme qui oblige tous les acteurs à revoir leur copie, et le réveil sera difficile pour les autruches.

 

« La formation a muté, je vous l’avais bien dit ! » — Alain Damasio