Évaluer, c’est observer et la distance n’aide pas. Cependant, former et évaluer à distance va certainement s’affirmer dans nos habitudes d’apprentissage. Il va donc falloir adapter nos pratiques, nos outils, nos références. Petit tour d’observation.

 

Qu’est-ce qu’évaluer ?

L’évaluation à distance d’une formation comporte deux facettes :

  1. l’évaluation du résultat pour le formé

Traditionnellement, l’évaluation du formé repose sur un questionnement permettant d’attribuer une note. Selon la note et le seuil de réussite déterminé, la formation est considérée comme réussie ou non.
Le quiz final, devenu habituel en e-learning, n’en est pas moins complexe et biaisé. En effet, le formé doit, pour répondre aux questions, être capable de traduire les connaissances acquises en concepts et de savoir jouer mentalement avec. Cet exercice est souvent très éloigné des objectifs concrets de la formation.

Pour prendre un exemple, il est tout à fait possible d’avoir appris à réaliser une opération complexe sans pour autant savoir l’expliciter. À l’inverse, il est tout à fait possible de raisonner de façon juste par déduction sans pour autant être capable de réaliser les actions formulées. C’est là toute la faiblesse de l’évaluation à distance uniquement par questionnement et sans observation. L’observation est la seule modalité pertinente pour déterminer si une personne est capable de transposer en situation réelle l’apprentissage théorique.

La distance n’exclut pourtant pas la présence permettant l’observation en situation réelle, la classe virtuelle, l’enregistrement vidéo sont pour cela très efficaces.

  1. l’évaluation du dispositif de formation lui-même

Rarement pratiquée (et pourtant indispensable pour optimiser la formation), l’évaluation du dispositif consiste à mesurer non pas la performance des apprenants, mais le dispositif lui-même. Il s’agit d’utiliser les données collectées pour l’ajuster afin de le rendre plus efficient, c’est-à-dire diminuer l’effort à fournir par les participants et améliorer leur apprentissage.

Pour que l’évaluation (du formé comme du dispositif) soit pertinente, il faut, bien sûr, un alignement pédagogique (principe de John Biggs) entre objectifs pédagogiques, activités d’apprentissage et modalités d’évaluation.

 

Quoi évaluer ?

Que l’évaluation à distance des apprenants soit faite par un questionnement ou par l’observation, il est possible de mesurer :

  • les informations mémorisées ;
  • les connaissances que ces informations ont produites ;
  • la capacité à réfléchir à partir de ces connaissances ;
  • les compétences engendrées par ces connaissances ;
  • le niveau de maîtrise de ces compétences.

mais aussi :

  • la compréhension générale et détaillée des notions abordées en formation ;
  • le sens donné aux acquis à l’issue de la formation ;
  • le niveau d’appropriation des notions (la représentation, la reformulation) ;
  • la transposition possible en situation (application, mise en œuvre).

Il est également possible, et surtout souhaitable (même si c’est rarement le cas), de ne pas mesurer uniquement le niveau final atteint par les apprenants, mais surtout l’écart entre le niveau initial et le niveau final afin de pouvoir récompenser l’effort plus que le résultat.

En ce qui concerne le dispositif de formation, son évaluation permet de déterminer pour chacune de ses séquences pédagogiques :

  • la clarté ;
  • la difficulté ;
  • l’intérêt ;
  • l’efficacité ;
  • l’utilité ;
  • la satisfaction ;

Autant d’indications précieuses permettant d’améliorer le dispositif observé, mais aussi de retenir les meilleurs principes et d’éliminer les moins bons pour les prochains dispositifs à concevoir et produire.

 

Comment évaluer ?

Que l’évaluation soit faite par un questionnement ou par l’observation, l’important est de bien distinguer les 3 axes principaux :

  • faire restituer : pour mesurer le niveau de mémorisation ;
  • faire réfléchir : pour mesurer le niveau de compréhension ;
  • faire appliquer : pour identifier les lacunes.

Il est possible (et même fortement conseillé) de compléter l’évaluation par un 4e axe à vocation pédagogique : compléter l’apprentissage par des compléments pédagogiques spécifiques à chaque réponse fournie.

Idéalement, il convient de bâtir l’évaluation en distinguant :

  • la vérification des acquis (pour rassurer) :
  • l’identification des principales erreurs (pour les corriger) ;
  • la reformulation des apports théoriques (pour s’assurer de la compréhension) ;
  • la contextualisation (pour favoriser la transposition).

Si l’évaluation est faite par un questionnaire, il faut être attentif au moment de sa conception à :

  • varier les approches (pour renforcer la valeur du résultat) ;
  • alterner les types de questions (pour éviter la lassitude) ;
  • privilégier la réflexion à la simple restitution (parier sur l’intelligence plutôt que sur la mémoire) ;
  • répéter la même question sous différentes formes (pour donner une 2de chance en cas d’incompréhension) ;
  • ne valider que les éléments étudiés (pour être équitable) ;
  • éviter les questions pièges (pour ne pas complexifier l’exercice inutilement).

et dans sa construction technique à :

  • pondérer les questions (faciles, difficiles) ;
  • ne pas compter que les bonnes réponses (pénaliser aussi les mauvaises) ;
  • segmenter par lots thématiques (pour faciliter l’exploitation des résultats) ;
  • ne pas faire de moyenne de moyennes (ex. 90 % sur 2 questions +50 % sur 10 questions ne donne pas 90 % + 50 % / 2 = 70 %, mais 90 x 2 + 50 x10 / 12 = 56,66 %) ;
  • fixer un seuil de réussite réaliste (60 % est suffisant 90 % élitiste).

 

L’évaluation n’est finalement que le haut de l’iceberg. Il est important de prendre en compte le parcours de formation dans son ensemble pour ne pas réduire l’évaluation à la question subsidiaire.

 

« Évaluer la formation, c’est toute une affaire ! » — Eva Joly