La mémoire est nécessaire pour vivre, communiquer. Bien que fragile et malléable, car liée aux émotions, elle est aussi liée à une fonction : l’oubli, que nous devons explorer.

Oublier pour vivre

Si l’on ne peut vivre sans mémoire, l’oubli est une fonction tout aussi utile dans la vie. Il n’est pas qu’une déficience de la mémoire. Il est aussi une force, sans laquelle il nous est impossible de vivre dans le présent. Digérer le passé, voilà un impératif essentiel à l’équilibre psychique. C’est l’oubli qui nous permet de rompre avec les douleurs du passé, de donner un sens nouveau à notre vie. Oublier c’est renaître.

L’oubli comme manque

Voyons dans un premier temps ce que représente l’oubli comme part négative de nous-mêmes, en tant que déficit péjoratif, surtout lorsque nous avons atteint un certain âge, que nos fonctions cognitives s’amenuisent.

Mais l’oubli peut pourtant s’avérer bienfaisant, aider à supporter l’insupportable de l’anéantissement de l’esprit, chez les malades d’Alzheimer.

L’oubli comme consolation

Il s’agit ici de la mémoire involontaire et sensorielle, la seule qui ait une valeur poétique selon Proust, et non de la mémoire volontaire, de travail, rationnelle, consciente, explicite, intellectuelle, cognitive, qui ne parvient pas, malgré nos efforts, à nous restituer vraiment le passé. La mémoire à long terme, inconsciente, non déclarative, implicite, est celle des sens. Elle progresse de manière souterraine, à travers l’oubli. Oublier aussi longtemps et aussi profondément que possible, tomber dans le gouffre de l’oubli, n’est-ce pas une façon de fuir le vieillissement et la mort, la disparition ?

L’oubli systématique peut d’ailleurs être une porte de sortie, un moyen assuré d’être d’une certaine façon sans passé. Le trou de mémoire, par exemple, peut apparaître d’un point de vue psychanalytique comme une suppression magique de tout ce qui le précède, notamment un vécu traumatique.

Les vertus de l’oubli

L’oubli serait alors le pharmakon, c’est-à-dire à la fois remède et poison, de l’Alzheimer : aux stades évolués de la maladie, poison pour la société et les aidants, et médicament pour celui qui, de par son anosognosie n’en souffre plus, ne se connaissant pas oublieux.

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