Une problématique douteuse : ce n’est pas nous, c’est les autres…

Que veut-on dire lorsqu’on affirme que le e-learning et la formation à distance ne conviennent qu’à un type d’étudiant en particulier ? Veut-on dire que le taux élevé d’abandons en formation à distance démontre de manière convaincante que seul un type d’étudiant privilégié est apte à étudier à distance et à réussir ? Sans en être conscients, ceux qui tiennent ce discours dressent un sévère constat d’échec. Ils reconnaissent de manière implicite leur incapacité à faire « à distance » ce qu’ils font « en présence », c’est-à-dire offrir un enseignement de qualité à tous les types d’étudiants et obtenir un taux de réussite qui soit satisfaisant, voire élevé. L’échec en formation à distance n’est surtout pas généré par une formation lacunaire. Elle ne met pas en cause l’enseignant. Elle relève de l’étudiant qui est mis au banc. C’est sa faute, il n’a pas le bon profil. Il n’est pas le type d’apprenant à qui la formation à distance convient.

Poser ainsi la problématique de l’échec ou de l’abandon en formation à distance témoigne du désir, voire d’un empressement à gommer la réalité, à éviter de poser la véritable question et à s’attaquer au véritable problème. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’offrir, à distance, des formations dont le taux de réussite est comparable à celui de la formation offerte en présence ?

Le réel problème : ce n’est pas les autres, c’est nous…

En enseignement présentiel, lorsqu’un nombre important d’étudiants échouent ou abandonnent un cours, vers qui se tourne-t-on d’abord ? Vers ces malheureux étudiants ? Pas du tout ! On cherchera où est la faille dans le système; ce qui a manqué à l’étudiant pour réussir. L’établissement se sent interpelé. On s’intéressera à la performance du professeur, premier responsable de l’enseignement. On s’interrogera sur la qualité de son enseignement, sa disponibilité, son ouverture, ses relations avec les étudiants, etc. On questionnera également le programme d’études, son contenu, sa structure, le besoin auquel il répond, les prérequis pour être admis, etc. On vérifiera aussi les conditions dans lesquelles l’enseignement est donné : le nombre d’étudiants inscrits au cours, l’horaire du cours, la configuration du local dans lequel le cours est donné, la disponibilité des ressources requises pour répondre aux exigences du cours, etc. On évaluera tout autre aspect qui peut avoir un impact sur la réussite. Fort des résultats de cette enquête, on verra à corriger la situation et à lever les obstacles afin d’assurer une formation de qualité et faire en sorte que la réussite des étudiants soit au rendez-vous.

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