Alors que l’intelligence artificielle et la robotisation challengent l’être humain, nous sommes appelés à transformer nos pratiques professionnelles, voire nos modes de pensée et d’interaction. S’agit-il de développer une nouvelle forme d’intelligence ? De révéler des aptitudes jusque-là inhibées ? Devenu docteur en psychologie, Jérémy Lamri nous invite à une réflexion pluridisciplinaire autour des compétences du 21e siècle. 

DIRECTEUR DE LA RECHERCHE ET DE L’INNOVATION DE JOBTEASER, COFONDATEUR DU LAB RH ET DE LA START-UP RH MONKEY TIE, VOUS EXPLOREZ LES COMPÉTENCES DU 21E SIÈCLE DANS VOTRE OUVRAGE ÉPONYME, PUBLIÉ FIN 2018. QUELLE EN A ÉTÉ LA GENÈSE ?

L’idée de ce livre a pris corps lors de mes expériences entrepreneuriales. Lorsque j’ai lancé Monkey tie en 2012, je me suis interrogé sur les critères de recrutement des candidats. Au-delà des compétences techniques, quid du comportement, de la personnalité, des motivations ? Dans l’entreprise, ces trois dimensions se vivent au quotidien et sont sources de valeur, alors même que les compétences techniques ou le cursus suivi en formation initiale ne suffisent plus à en produire. Mon questionnement portait donc sur les facteurs de performance.

LES COMPÉTENCES QUE L’ON QUALIFIE AUJOURD’HUI DE COMPÉTENCES DU 21E SIÈCLE, ONT JOUÉ UN RÔLE FONDATEUR POUR L’HUMANITÉ. PLUS TARD, LEUR IMPORTANCE A ÉTÉ POINTÉE LORS DE CERTAINES PÉRIODES CHARNIÈRES. BREF « RETOUR » HISTORIQUE ?

Le terme de soft skills apparaît pour sa part en 1972, à l’initiative de l’armée américaine. En France, on commence à utiliser le terme de compétences à la fin des années 1970. Il faut cependant attendre les années 1990 pour que l’émergence du concept d’intelligence émotionnelle mette l’accent sur les compétences non techniques.

Décisives aux origines, les compétences du 21e siècle ont donc dû reconquérir leur prestige de haute lutte – aux yeux de nos contemporains du moins !

POUR INVESTIGUER UN SUJET, MIEUX VAUT SAVOIR DE QUOI L’ON PARLE. OR, LES COMPÉTENCES ET L’INTELLIGENCE SONT DEUX NOTIONS AUX CONTOURS FLOUS. COMMENT L’EXPLIQUER ?

Les compétences se sont substituées aux qualifications, qui étaient attachées au poste de travail, les compétences relevant, elles, des individus. Mais il n’y a pas eu de réflexion de fond quant au choix de cette terminologie. En réalité, compétences n’est pas la notion adéquate ! Pour parler des compétences du 21e siècle notamment, nous devrions évoquer les aptitudes cognitives et comportementales du 21e siècle.

VENONS-EN AUX COMPÉTENCES DU 21E SIÈCLE, GÉNÉRATRICES DE PERFORMANCE DANS UN MONDE EN MOUVEMENT [2]. POURQUOI CELLES-CI PLUTÔT QUE D’AUTRES ET QUELLES SONT-ELLES ?

Le fait de les solliciter implique déjà d’analyser son environnement. Comment faire preuve de créativité si l’on ne sait pas ce qui sort de l’ordinaire ? Il est capital de savoir ce qui existe, et d’identifier la problématique à résoudre.

Idem pour l’esprit critique : comment en faire preuve si l’on ne dispose pas d’éléments de comparaison et si l’on est incapable d’inscrire son raisonnement dans une perspective ?

La communication et la coopération supposent de savoir agir en fonction de  l’interlocuteur ou du partenaire, et de l’environnement.

Les compétences du 21e siècle, ou 4C, sont essentielles au développement des individus et à la performance.

À CES COMPÉTENCES CLÉS DU 21E SIÈCLE, NE FAUT-IL PAS AJOUTER UNE MÉTA-COMPÉTENCE, CELLE D’APPRENDRE À APPRENDRE ?

Demandons-nous d’abord ce que signifie apprendre à apprendre. C’est avoir le cortex préfrontal suffisamment développé pour être capable d’assimiler de l’information mais aussi, avoir envie de le faire. Il s’agit là d’une motivation souvent liée à un comportement : la curiosité. Autre comportement mis en jeu, l’ouverture, ainsi qu’une aptitude cognitive, l’esprit critique, essentiel pour apprendre.

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Repéré depuis https://www.docendi.com/blog/competences-du-21e-siecle-opportunite-lemployabilite-modele-societe/