Les neurosciences sont fascinantes. Alors que le cerveau humain restait une forteresse inatteignable depuis la nuit des temps, une sorte de boîte noire recelant les mystères de l’esprit, voilà que les progrès technologiques transforment la science-fiction en réalité. En nous permettant d’observer l’activité cérébrale, ils ouvrent une perspective vertigineuse : toute personne deviendrait un livre ouvert, dont la réflexion et la « subjectivité » pourraient se traduire en signaux objectifs.

Neurosciences ou sciences cognitives ?

Lorsqu’on parle de « neuro » éducation, force est de constater que ce sont presque toujours des résultats issus des sciences cognitives en général, et de la psychologie expérimentale en particulier, qui sont mis en avant. Précisons que les sciences cognitives, portant sur l’étude de la vie mentale, couvrent, outre les neurosciences, un ensemble hétéroclite de disciplines, allant de la psychologie à la philosophie, en passant par la linguistique, l’anthropologie, l’informatique, ou encore les mathématiques.

Concernant la théorie des intelligences multiples, elle épouse l’idée que l’intelligence est trop complexe pour se réduire à une valeur unique telle que le QI, et que hiérarchiser les individus selon un unique score manque d’humanisme, que chacun a des talents où il peut exceller, et que l’échec scolaire marque un manque d’adaptation de l’école à l’individu.

Là encore, les investigations sur la validité de cette théorie montrent plutôt de fortes corrélations entre ces intelligences supposément indépendantes et questionnent la pertinence même des domaines distincts d’intelligences identifiés.

Conférence d’Elena Pasquinelli sur les neuromythes à l’ENS, à l’occasion de la Semaine du Cerveau, en 2012.

Confusions dangereuses

Alors qu’un débat profond anime actuellement la communauté éducative sur la question du passage du laboratoire à la classe, le label « neuro » est trompeur et porte à confusion. Sans un effort pour battre en brèche les confusions et les stéréotypes, le risque évident est celui d’un retour de balancier conduisant à un discrédit durable des neurosciences en éducation, et à un rejet radical tout aussi injuste qu’une adhésion aveugle.

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Repéré depuis https://theconversation.com/changer-lecole-prenez-garde-aux-neuromythes-127551