Que cache le mythe de la formation sans effort ?
Publié le : mer 29 avril 2026Views: 60

Publié dans : Cognition et Communication

Le mot effort vient d’ancien français avec toute sa force. Apprendre, c’est mobiliser toutes ses forces pour se former. La valeur de l’effort évolue dans le temps et aujourd’hui, c’est le temps de la facilité et du confort. La formation sans effort n’est pas un phénomène pédagogique isolé, c’est un changement de culturel plus large. On parle de formations faciles, sans stress, cools, funs… le sans effort est à la mode. Comment l’entreprise doit réagir face à ce phénomène ? Faut-il céder aux sirènes de la facilité ? L’effort, est-il une valeur dépassée en pédagogie ? Que penser d’un tel phénomène ?

1, Le paradigme de la facilité

La formation s’inscrit dans son temps. La formation pénible laisse place à une formation facile. Jacques Ellul montre que la technique tend à éliminer toute forme de résistance au nom de l’efficacité (Le système technicien, 1977). L’effort devient une anomalie à corriger. L’idée de fluidité des usages de la formation a fait son entrée avec le développement du numérique : rendre accessible le contenu au plus grand nombre et faire en sorte que son usage soit des plus rapides. L’exemple du snack content ou nugget learning est bien représentatif de ce mouvement. Et c’est une vraie avancée sociale que de permettre une accessibilité plus forte au plus grand nombre et gratuitement pour une part importante. Le paradigme pédagogique de la facilité se met en place comme une résonance sociale. Mais ce n’est pas sans poser quelques questions : Gaston Bachelard appelait « les obstacles épistémologiques », ces résistances nécessaires à la construction du savoir. Une formation trop facile est une difficulté pour apprendre.

2, Le besoin de difficultés

La mise en situation éprouve l’apprenant. Jean Lave et Etienne Wenger montrent que l’on apprend en participant à des situations réelles et en affrontant progressivement leur complexité (Situated learning, 1991). Autrement dit, l’apprentissage ne consiste pas à éviter l’épreuve, mais à le scénariser. La formation devient un lieu où l’on peut expérimenter, tenir sa place dans une situation qui résiste. Cette résistance est pédagogique. Les travaux de Robert Bjork ont introduit la notion de « desirable difficulties », difficultés souhaitables ou difficultés fécondes (Memory and metamemory considerations in the training of human beings, 1994). Et sa conclusion est sans appel : les difficultés améliorent la rétention et le transfert des apprentissages. La difficulté permet d’optimiser l’effort de récupération, la confrontation à l’erreur et l’appropriation durable. La difficulté de l’épreuve est un outil pédagogique indispensable pour un parcours apprenant qui assure la transformation durable des compétences.

3, Que peut-on en penser ?

La formation s’inscrit dans l’ère du temps. Aujourd’hui, la société connaît « une accélération sociale du temps » (Hartmut Rosa, Acceleration, 2010). Il est normal que la formation soit une réponse à ce besoin d’immédiateté : tout doit être accessible, mobilisable, consommable sans délai. Mais cela peut être source de méprise… à trop accélérer, le fast learning va devenir une information d’accès, avec une externalisation de l’apprentissage, particulièrement avec l’IA. Est-ce la fin de la formation humaine canal historique ? Non, car la société a d’autres besoins, tout aussi classique dans la littérature, comme celle de redonner du sens ou motiver. C’est sans doute l’architecture qui est différente, la façon de raconter l’histoire qui change. La formation est un apprentissage socialisé, il est donc nécessaire au service de formation de construire l’histoire qui « mette en société ». La bonne formation devient la belle formation, plus désirable, qui donne envie, c’est le travail du marketing. Chaque époque porte une promesse de formation doit faire rêver.

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