La formation à distance a souvent été mise en place pour répondre à des contraintes logistiques, économiques ou idéologiques. D’autres facteurs viennent plaider aujourd’hui en sa faveur : le respect de la distanciation, les récentes expériences pas si désagréables que cela, et finalement l’envie de passer plus de temps chez soi. Alors, on bascule ?

 

Déconstruire pour reconstruire

Basculer tout ou partie d’une formation présentielle en formation distancielle ne consiste pas uniquement à trouver des équivalents aux modalités mises en œuvre en salle. Certes, c’est principalement cela qui a été fait pendant cette « drôle » de période, mais les raisons sont plutôt à chercher du côté de l’urgence que de la bonne approche pédagogique.

En effet, former à distance, ce n’est certainement pas remplacer 6 h de formation en salle par 6 h de classe virtuelle, ou simplement mettre en ligne les supports utilisés par le formateur en y ajoutant un forum de questions/réponses. Il faut re-concevoir un parcours de formation où le déroulé pédagogique n’est pas celui orchestré par le formateur, mais celui déterminé par le formé selon sa propre logique d’apprentissage.

Autant il est possible de différer la réponse à une question d’un stagiaire par « oui, je note la question, c’est un point que nous aborderons plus tard », autant si cette même question légitime reste sans réponse lors d’une activité en autoformation, cela produit généralement au mieux une frustration, au pire un abandon.

C’est pour éviter ces situations frustrantes et pénalisantes qu’il est nécessaire de revoir l’ensemble de la conception pédagogique en déconstruisant toutes les étapes et toutes les activités pour être en mesure ensuite de les ré-assembler selon une logique de découverte plutôt que d’exposé.

Il faut pour cela abandonner :

  • l’envie de regrouper les séquences par thématiques, comme cela est fait habituellement en présentiel (matinée : sujet 1, après-midi : sujet 2…) ;
  • l’envie d’exposer plutôt que de faire découvrir ;
  • l’approche binaire : théorie puis mise en pratique ;

Mais plutôt opter pour le déroulement suivant :

  • une activité de découverte permettant de mettre en avant les notions à acquérir ;
  • des apports théoriques correspondant aux notions identifiées ;
  • un exercice de mise en pratique pour valider l’acquisition de connaissances et permettre une progression maîtrisée ;
  • des moments de regroupement synchrone pour permettre des activités de groupe et répondre aux questions que le cours a suscitées.

Il faut bien sûr compléter le parcours d’une « présence à distance » pouvant être :

  • de simples e-mails ;
  • des appels téléphoniques ;
  • un système de chat ;
  • un outil de commentaires et question / réponse ;
  • de courtes, mais régulières séances de classe-virtuelles ;

 

S’équiper

Le reconstruction d’un parcours est la première étape de la mise en place de la formation à distance. Il reste ensuite à lui donner vie, c’est-à-dire trouver et mettre en place les outils nécessaires à son complet fonctionnement.

Sans être le point de départ, le choix des outils est cependant très important.

Voilà une petite liste (non exhaustive) des outils à mettre en place :

  • une plateforme : pour pouvoir y intégrer les contenus des parcours, créer des sessions, et suivre la progression des apprenants (le guide du FFFOD est votre ami) ;
  • au moins un outil de création de contenu : oubliez PowerPoint, et regardez du côté de Rise 360, Adobe Spark, Genialy, H5P ou l’excellent Teach-up ;
  • un outil de classe virtuelle : zoom (depuis la version 5, l’outil n’est plus à blâmer pour sa sécurité) procure une des meilleures expériences ;
  • un système de paiement en ligne : tant qu’à faire de la formation en ligne, autant pouvoir gérer tout le processus commercial. Paypal ou Stripe feront très bien l’affaire.

Enfin, si une relation marketing et commerciale un peu « rentre dedans » ne vous effraie pas, LearnyBox est une solution tout-en-un très complète.

 

Changer de posture

Mais le plus dur reste à faire : changer de posture. Ou plutôt faire changer de posture les formateurs. Il est tout à fait légitime qu’ils voient d’un très mauvais œil l’arrivée de la formation à distance et ne soient pas très coopératifs pour aider à sa généralisation.

Cette résistance s’explique pour deux raisons :

  1. Ceux-ci sont majoritairement des indépendants qui vendent leur temps. Si les formations ont lieu à distance et sans eux, leurs revenus risquent de diminuer.
  2. Ils placent généralement leur valeur dans leurs activités d’animation plutôt que dans leur expertise.

Pour les organismes de formation, il faut donc travailler avec eux sur ces 2 axes.

Pour la première (économique), il faut évidemment :

  • les impliquer et les rémunérer lors de la reconstruction des parcours et la conception pédagogique des activités ;
  • faciliter leur acculturation à l’utilisation des nouveaux outils pour pouvoir les solliciter lors de l’accompagnement et l’animation des formations à distance.

Pour la deuxième (la valeur), il faut également travailler avec eux à :

  • reconnaître et valoriser leur expertise et leurs compétences pédagogiques en les intéressant au chiffre d’affaires généré par les formations à distance pour lesquelles ils ont collaboré à leur conception et leur production ;
  • spécifier, clarifier et rémunérer leurs nouvelles activités d’accompagnement et d’animation à distance des formations.

 

Comme pour l’adoption massive du télétravail qui semblait quasi impossible il y a quelques semaines, et qui finalement a plutôt été bien accepté, de nombreuses barrières ont sauté pour la formation à distance.

Il est temps d’entamer la nécessaire transformation de la formation.

 

« La formation doit se transformer » — Arturo Brachetti