Depuis la loi « Avenir Professionnel », une trentaine de Centres de formation d’apprentis (CFA) d’entreprises ont été créés, et 25 autres seraient déjà en projet. Qui sont ces pionniers ? Quels sont leurs objectifs pédagogiques ?

En théorie, il était déjà possible de créer son propre CFA. En pratique, c’était difficile : il fallait obtenir l’accord de la Région d’implantation du CFA – qui de ce fait, se trouvait limité au territoire de celle-ci. La loi Avenir Professionnel du 5 septembre 2018 a considérablement simplifié la procédure. Les entreprises peuvent se contenter, désormais, de déclarer la création de leur CFA, à condition de respecter les règles de l’apprentissage. Pour autant, la question du coût demeure. Sur le terrain, il semble que les grands groupes soient, à ce jour, les seuls à avoir franchi le pas.

CFA interne ou « hors les murs » ?

L’association des Régions de France craignait, avant la réforme, que celle-ci ne conduise à la disparition de plus de la moitié des CFA. En pratique, il ne semble pas que cela se soit produit, pour au moins deux raisons. Tout d’abord, les CFA d’entreprise répondent souvent à des besoins complémentaires de l’offre existante. Mais surtout, les entreprises ont souvent recours aux services des CFA en place : c’est la pratique du CFA « hors les murs ». L’entreprise assume la responsabilité technique, légale et pédagogique de l’apprentissage, mais elle s’appuie sur un ou plusieurs CFA pour délivrer la partie théorique de la formation.

Les pionniers

Certaines entreprises disposaient déjà de CFA internes. C’est le cas du Groupe La Poste, qui avait créé il y a 20 ans son premier CFA, Formaposte, décliné en 3 centres régionaux (Ile de France, Sud Est, Midi Atlantique). La loi Avenir Professionnel a néanmoins été bénéfique pour le groupe : auparavant, l’apprentissage était limité aux régions dans lesquelles un agrément avait été obtenu. Du jour au lendemain, Formaposte peut former dans la France entière.

Pour quels diplômes ?

Les motivations derrière la création des CFA internes varient suivant les projets.

Certains CFA sont créés pour répondre à un besoin précis de qualification. C’est le cas de l’un des tout premiers CFA d’entreprise de l’après-réforme : créé en décembre 2018, lancé en septembre 2019, le CFA du groupe Adecco a déjà certifié ses 32 premiers apprentis. L’objectif du CFA est de former des chargés de recrutement qui maîtrisent les nouveaux outils et les nouvelles règles de l’art, en intégrant notamment le recrutement « sans CV ». L’objectif métier est ici très clair. Le CFA d’Adecco, qui recourt à 80% à des formateurs internes, vise à former une nouvelle génération de recruteurs pour son réseau d’agences. Trois nouvelles promotions ont été lancées, à Paris, Lyon et Bordeaux.

Le CFA d’entreprise, outil RH de recrutement et de GPEC

La création d’un CFA d’entreprise prend généralement place dans une stratégie globale de gestion des compétences et des talents. Souvent, on trouve au départ du projet un problème de pénurie de compétences. C’est le cas de Lactalis, qui déplorait déjà avant la crise un stock permanent de 450 postes non pourvu. Le responsable formation de l’entreprise, cité par les Editions Législatives, se plaint par ailleurs que « les formations sont de plus en plus généralistes, les référentiels des formations agroalimentaires (formation en sciences alimentaires, transformation laitière) se sont appauvris et nous subissons une réelle perte de compétences et d’expertise sur la transformation laitière qui est notre cœur de métier ». Le CFA répond donc à un double problème : le recrutement et l’adéquation des compétences.

Avec quelles modalités pédagogiques ?

Du point de vue de l’organisation de l’alternance, le rythme d’une semaine en CFA pour trois semaines en entreprise est le plus couramment cité. La répartition annoncée chez Saint-Gobain de 6 semaines sur le terrain pour une semaine en centre est atypique. Elle laisse entendre qu’une partie du théorique est abordé en entreprise, l’apprentissage exigeant qu’au moins 25% du temps soit consacré à la formation.

Un peu plus d’une cinquantaine de CFA d’entreprise créés ou en projet : deux ans après la réforme, la récolte peut paraître maigre, et le dispositif anecdotique. Il n’en est rien : rapporté au nombre de salariés que représentent les entreprises qui se sont lancées dans l’aventure, et au nombre futur d’apprentis formés chaque année, le phénomène est déjà loin d’être négligeable. Surtout, la galerie des organismes existants montre toute la diversité des formes que peut prendre le CFA d’entreprise et des finalités qu’il peut poursuivre. Sans oublier que les entreprises de moindre taille peuvent se rassembler pour créer un CFA interentreprises. Comme outil de formation, de recrutement, de GPEC sectorielle, le CFA d’entreprise promet d’occuper une place significative dans le paysage de la formation professionnelle des années à venir.

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