« C’est difficile à croire mais les écrans vont très probablement prendre moins d’importance dans nos vies dans les années qui viennent, du fait du développement d’autres technologies, et notamment des technologies vocales », précisait Serge Tisseron dans une interview qu’il nous a accordée en ce printemps 2020.

Parole et transmission

La parole est cette « faculté d’expression » qui nous permet de partager « une pensée ou un sentiment » avec autrui, selon la définition du Larousse. Bien avant la démocratisation de l’écriture, elle était le principal vecteur de transmission du savoir, sous forme de récit ou de dialogue philosophique.

Culture du livre vs culture numérique

Aujourd’hui nos paroles ne « s’envolent » plus, elles deviennent traces. Des traces de plus en plus audibles du fait du développement des systèmes de reconnaissance automatique de la parole. Aujourd’hui, ce que l’on dit peut-être transcrit de manière automatique à l’écrit et ce que l’on écrit peut être vocalisé par une voix de synthèse.

La distinction entre oral et écrit devient de plus en plus floue, laissant imaginer de nouvelles formes de transmission, paradoxalement inédites et rétrogrades. En éducation, les conteur·se·s d’hier seront-ils les algorithmes de demain ?

Littératie (numérique)

Les technologies du langage bousculent notre littératie, c’est-à-dire notre « aptitude à lire, à comprendre et à utiliser l’information écrite ». En éducation, ce sont donc nos manières de transmettre et d’interagir qui s’en trouvent transformées.

Les compétences sociales, soit écouter, comprendre et répondre, jouent un rôle central dans nos interactions avec les interfaces conversationnelles. Il faut savoir trouver les mots justes afin d’obtenir la réponse attendue et oser s’exprimer à voix haute, autant de compétences aujourd’hui attendues sur le marché du travail.

Nouveaux scénarios d’apprentissage

En tant que designers, nous nous interrogeons sur la conception de scénarios d’interaction qui favorisent le développement de nouvelles compétences chez l’enfant. Par exemple, Zoé Aegerter, fondatrice des Causeuses électroniques a conçu Les Bascules comme un dispositif d’interaction vocale.

Les enfants enregistrent leur voix (sous différentes formes : chant, onomatopées, cris, phrases…) qu’ils peuvent ensuite répéter à l’infini grâce à de petites bascules en carton. Ils développent ainsi leur connaissance de soi en devenant familiers avec leur voix. Ils apprennent également à s’écouter mutuellement et donc à respecter un tour de parole, une qualité essentielle dans le processus de collaboration.

S’adresser aux machines

Si l’on manque aujourd’hui de recul sur les interfaces conversationnelles, et notamment sur leur rôle et leur place en éducation, nous souhaitons partager avec vous, lecteurs, nos interrogations.

Quel(s) rôle(s) à venir pour les pédagogues aux côtés de ces dispositifs conversationnels ? La complémentarité des acteurs humains – et leurs métiers avec la technologie (l’IA en particulier) est une des grandes questions de notre siècle. Alors que la médiation numérique est enfin reconnue comme un sujet d’intérêt général, quel rôle peut-on attendre d’un·e pédagogue au regard de technologies toujours plus naturalisées et faciles à utiliser ?

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Repéré depuis https://theconversation.com/comment-les-assistants-vocaux-defient-ils-la-pedagogie-140133