Notre esprit est sans cesse en fuite. William James, un des fondateurs de la psychologie moderne, le compare à un oiseau qui alternerait entre brèves envolées et pauses statiques.

Une conséquence directe de cette dynamique se retrouve dans notre difficulté à nous concentrer sur une tâche précise, surtout si celle-ci est peu motivante. À la place, nous nous surprenons souvent à penser à des choses qui n’ont rien à voir avec la tâche en cours : des évènements passés, des choses à faire ou des idées abstraites. Cette tendance à se détacher de l’environnement qui nous entoure s’appelle le « vagabondage de l’esprit » ou mind-wandering en anglais. Mais, il se peut aussi que notre esprit vagabonde vers le néant. Ce phénomène de « blancs » (mind-blanking) se manifeste à nous lorsque nous retournons à la réalité après un bref instant où l’on est incapable de décrire ou de nous souvenir si l’on avait quelque chose en tête. Pas de pensée, pas de sensation, juste l’impression d’un réveil au milieu de l’éveil.

Ces sautes d’attention font partie de notre vie quotidienne et représenterait jusqu’à la moitié de notre temps passé éveillé. Ces pertes d’attention peuvent néanmoins conduire à de graves accidents lorsqu’elles surviennent au mauvais moment. Elles augmentent d’ailleurs quand nous sommes fatigués, après une longue journée par exemple ou à la suite d’une tâche demandant une forte concentration. Dans une nouvelle étude publiée dans Nature Communications (en accès libre), mes collègues et moi-même avons tenté de mieux comprendre ce qui se passe dans nos cerveaux quand notre attention nous fait défaut, soit parce que notre flux de pensées vagabonde, ou soit parce qu’il s’arrête pour un bref instant.

En outre, nos résultats suggèrent que le sommeil local, loin d’être un phénomène rarissime ne survenant qu’après une privation de sommeil intense, est un fait du quotidien qui façonnerait le flux de notre expérience consciente. En effet, les individus testés dans ce protocole ne souffraient d’aucun trouble du sommeil ou de la vigilance, n’étaient pas privés de sommeil, mais étaient au contraire testés au cours d’une journée normale. Il est donc probable que nos résultats puissent s’appliquer à vous, à moi. Peut-être qu’à l’instant même où vous lisez ces lignes, une partie de votre cerveau, un peu fatiguée, commence à montrer une activité qui se rapproche du sommeil et votre esprit déjà est ailleurs. Bien sûr, le fait que dans notre expérience, la tâche proposée aux participants était très ennuyeuse et répétitive aura aidé à mettre en évidence ces intrusions de sommeil.

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