
Publié dans : Pédagogie
La « cobotique tutorale », notion développée par Jacques Rodet, consultant et chercheur en digital learning, désigne la collaboration entre l’intelligence artificielle et les tuteurs humains pour renforcer l’accompagnement des apprenants. L’objectif ? Tirer parti des forces de chacun : la disponibilité et la rapidité de l’IA, l’empathie et le jugement critique des humains.
Comment définissez-vous la cobotique tutorale ?
Le terme « cobotique » provient de la robotique. Il désigne simplement ce qu’un humain peut faire avec un robot. Dans le tutorat, l’idée est donc d’associer les systèmes d’intelligence artificielle au travail des humains. La cobotique tutorale est ainsi une notion dont le but est d’optimiser l’accompagnement des apprenants en combinant les forces de l’IA (disponibilité, rapidité, traitement de données) et celles de l’humain (empathie, jugement critique, personnalisation). Les chatbots, par exemple, sont très performants pour répondre aux questions portant sur le contenu d’une formation. Ils ont aussi l’avantage d’être disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept, ce qu’on ne peut évidemment pas demander aux tuteurs humains. En revanche, ils sont beaucoup plus limités sur les dimensions motivationnelle, socio-affective et métacognitive. L’enjeu auquel est confrontée la sphère de la formation aujourd’hui est donc de répartir les tâches entre l’IA et le tuteur humain.
Comment cette répartition peut-elle être pensée concrètement ?
Il s’agit de partir de trois questions : qu’est-ce que l’humain ne sait, ne peut et ne veut pas faire ? Il est évident qu’un tuteur humain ne peut pas être disponible 24 heures sur 24. Il ne veut pas forcément non plus réaliser des tâches répétitives comme les rappels, les relances ou l’envoi de notifications. Il n’a pas non plus la possibilité de répondre indéfiniment aux mêmes questions sur le contenu d’une formation. Dans ces cas-là, l’IA peut apporter une véritable assistance. Mais il faut toujours porter une attention particulière à la valeur ajoutée : si l’IA réalise une tâche que l’humain ne veut pas faire, mais qu’elle le fait moins bien, cela n’a pas forcément d’intérêt. Il faut aussi insister sur une limite éthique : la décision de faire intervenir ou non une action de tutorat dans le parcours d’un apprenant doit toujours rester humaine.
Pourquoi ne pas aller plus loin dans l’automatisation du tutorat, notamment pour personnaliser l’accompagnement ?
On confond souvent personnalisation et individualisation. L’IA peut très bien individualiser un parcours en fonction des lacunes ou des caractéristiques d’un groupe d’apprenants. Mais la personnalisation va plus loin : elle consiste à prendre en compte la personne dans ce qu’elle est, avec son histoire, ses doutes, ses difficultés. Cela suppose une relation de confiance avec le tuteur, que l’IA est incapable de construire. Je pense donc que l’enjeu est de déterminer ce que chacun peut faire et où chacun apporte le plus de valeur. Aujourd’hui, beaucoup de personnes découvrent les limites et les biais de l’IA. Elles commencent à en faire un usage plus critique. Même si la cobotique tutorale est encore peu théorisée, de plus en plus de formateurs la pratiquent sans le savoir, en découvrant les limites de l’IA au fil de leur usage. L’enjeu est finalement de structurer cette collaboration pour en tirer le meilleur parti.
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