Fais pas ci, fais pas ça… Vous vous souvenez des bons conseils des parents Bouley et Lepic ? (toujours prêts à expliquer à leur progéniture ce qu’il ne faut surtout pas faire mais bien plus embarrassés pour les guider vers la réussite). La formation fait sa crise d’adolescence, elle cherche à s’émanciper du présentiel et a bien plus besoin d’aide que de critiques. Comment dépasser le yakafokon et l’enfoncement de portes ouvertes ? Attention, les conseilleurs sont rarement les payeurs…  

 

La longue montée en compétence

Les responsables formation et les organismes de formation étaient de bons gestionnaires de formation, jusqu’à l’explosion récente (un peu violente) du Digital Learning comme moyen presque unique de former. Pour les premiers, l’optimisation du budget et des financements étaient leur exercice quotidien, pour les seconds faire du marketing et remplir les salles leur objectif. Ce double portrait, certes un peu caricatural, n’est pas si loin de la vérité.

Et l’ingénierie de formation, et l’ingénierie pédagogique ? Qui s’en occupait ? Bien souvent, personne, enfin si : d’un côté les formateurs pour les formations en salle, de l’autre les agences spécialisées pour le Digital Learning.

Alors, quand du jour au lendemain tout bascule du côté digital, il faut bien faire avec les moyens du bord. Et comme dit Jean, il ne suffit pas d’aller faire ses courses chez Ikea pour, d’un claquement de carte-bleue, acquérir les compétences nécessaires. Bien sûr, ce besoin de montée en compétences digitales aurait dû être anticipé, les entreprises et les organismes auraient pu embaucher ou former leurs équipes formation mais 1/ cela veut dire investir, (et il semble que cela soit une tendance peu goûtée des actionnaires qui préfèrent missionner Geoffroy pour aller moissonner des subventions) 2/ cela prend du temps.

Alors quand au pied du mur, on se rend compte qu’équiper à la va-vite les formateurs de classe-virtuelle est la seule bouée de sauvetage, on fonce tête baissée dans cette direction, et cela n’est pas critiquable.

Ce qui peut l’être, c’est le manque d’anticipation de cette inévitable mutation pourtant annoncée depuis 2016.

 

Former, même imparfaitement, sera toujours mieux que ne pas former

« Il faut arrêter la classe virtuelle ! » s’égosillent ceux qui n’ont pas la charge de former mais seulement de donner leurs bons conseils.
« Comme si on ne le savait pas ! » répondent ceux qui doivent assurer tant bien que mal leurs obligations de formation.

Les premiers proposent aux seconds de renverser la table et d’oublier toutes leurs vilaines pratiques pédagogiques magistrales et descendantes, de mettre l’apprenant au centre du dispositif, de penser écosystème de formation, de faire du social, du participatif, de la pédagogie active et réactive, d’accompagner plus que de transmettre… Ils ont bien sûr raison mais oublient juste un petit détail : dire comment !

Et c’est là que ça coince, la conduite du changement, ce n’est pas seulement d’indiquer la direction à suivre, c’est tracer la route, la baliser, apprendre à sauter, escalader, grimper, ramper, courir et plus seulement marcher car le Digital Learning est une discipline complexe qui nécessite des compétences multiples et pour l’instant encore rares.

Alors messieurs les donneurs de leçons, oui il faut changer les façons de former, oui, il faut utiliser toutes les modalités digitales et pas uniquement celles qui singent le présentiel, oui il faut repenser toute l’ingénierie de formation, oui il faut utiliser les merveilleux outils EdTech, oui il faut se mettre à la place de l’apprenant et lui offrir une UX aux petits oignons, mais ne soyez pas si impatients, les changements sont si nombreux, si radicaux, si difficiles, que cela va prendre un peu de temps. Mais, croyez-le, tout le monde s’y attèle.

En attendant, la formation continue, et du mieux qu’elle peut.

 

S’inspirer des conseils mais écouter ses intuitions

Réussir la transformation digitale de ses activités de formation n’est pas copier un modèle prêt à l’emploi, une recette standard, une martingale pédagogique.

Il est évident qu’apprendre de nouveaux métiers, changer tous ses modèles (pédagogiques, économiques, logistiques, …) ne peut pas se faire seul, et qu’il faut se faire conseiller, aider, accompagner, si l’on veut le faire vite et bien. Il faut cependant ne pas oublier sa culture, son passé, et savoir écouter sa sensibilité pédagogique qui fait la personnalité de chaque entreprise, chaque organisme : son identité pédagogique.

 

« La formation doit changer de cap ! » — Edward John Smith


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