La passion n’est pas une compétence
Publié le : ven 09 octobre 2026Views: 1

Curieuse équation qui fait de l’absence de passion le symptôme d’une erreur d’aiguillage professionnel, voire d’un déficit de compétence.

« Faites ce que vous aimez… ou fuyez ! » Débrouillons-nous donc avec cette injonction nouvelle génération (il est vrai que nous en manquions). Trouver du sens dans son travail, déborder d’amour pour ce que l’on fait : ce qui ressemblait hier à une promesse de liberté est aujourd’hui devenu un étalon de réussite professionnelle. Il y a ceux dont la flamme brûle en eux… et les autres : les simplement compétents, fiables ou consciencieux qui turbinent sans exaltation particulière. À force de valoriser la passion, les organisations ont fini par lui prêter les vertus d’une compétence… et par regarder avec suspicion ceux qui en seraient dépourvus. L’entreprise leur doit peut-être des excuses. 

Pardon de ne pas vibrer

TEDx de patrons visionnaires en col roulé, coachs certifiés en Ikigaï promettant « l’alignement » salvateur en quelques heures, posts LinkedIn expliquant comment trouver le bonheur au travail en réconciliant passion, mission et vocation. Tous portent le même évangile : aimez ce que vous faites ou laissez votre vie vous filer entre les doigts.

Les grands oubliés de la passion affichée

Je veux parler des collaborateurs qui font leur travail avec sérieux et produisent une qualité constante, sans fièvre ni effusion. Ceux qui, à la question « qu’est-ce qui vous motive ? », pourraient répondre, s’ils osaient : « faire correctement mon métier, être payé justement et rentrer chez moi retrouver ce qui me passionne vraiment ».

La dette de la fonction RH

Depuis plusieurs décennies, la fonction RH cherche, à juste titre, à humaniser le travail. Au salaire et à la carrière se sont ajoutés le sens, l’épanouissement, l’expérience collaborateur, la raison d’être, l’accomplissement. Peu à peu, l’entreprise n’a plus seulement promis les conditions pour bien travailler, mais la possibilité de se réaliser par le travail.

Peut-être est-il temps de promettre un peu moins et de garantir l’essentiel : pouvoir bien travailler, être reconnu justement et rentrer chez soi sans culpabiliser de n’avoir fait que son métier.

À ceux, enfin, qui ne cherchent pas dans leur travail le sens de leur existence, mais donnent chaque jour du sens à ce qu’ils font… simplement avec compétence et conscience professionnelle.

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