Les MOOC, chronique d’une mort annoncée ?
Publié le : lun 29 juin 2026Views: 94

Publié dans : Méthodes et organisation

Le MOOC, Massive Open Online Course, connaît un paradoxe. Les chiffres de la fréquentation des plateformes de formation en ligne n’ont jamais été aussi élevés : Coursera, créée en 2012, revendique plus de 100 millions d’apprenants inscrits ; FUN-MOOC, la plateforme française créée en 2013, dépasse les 4 millions de comptes actifs. Les rapports annuels attestent d’une croissance ininterrompue depuis plus d’une décennie. Et pourtant, lorsque l’on écoute les pédagogues ou les experts de la formation, chacun reconnaît que le MOOC ne fonctionne pas bien. Le taux moyen de complétude oscille entre 5 et 10 %. Les apprenants s’inscrivent, regardent quelques vidéos et quittent la relation apprenante. Que faut-il comprendre dans cette sortie de route ? Est-ce la fin d’un format ou le symptôme d’une crise plus profonde ? Faut-il abandonner ce format qui a suscité tant d’espoir lors de sa création en 2008 ?

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Les critiques du MOOC

Le MOOC souffre d’un chiffre : 5 à 10 % de taux de complétude. Pour beaucoup, c’est synonyme d’échec. C’est peut-être mal comprendre le chiffre : la notion de massif englobe de nombreuses personnes intéressées par l’objet apprenant, mais pas au point d’aller jusqu’au bout. C’est une des raisons qui fait que le SPOC est parfois mieux ciblé que le MOOC. Les reproches faits au MOOC, dans la littérature, sont de divers ordres. Le premier est la charge cognitive. John Sweller a démontré que l’apprentissage était entravé quand la charge imposée à la mémoire de travail dépassait ses capacités (Cognitive load during problem solving, 1988). Le MOOC de par son temps condensé global, 5 semaines comme durée moyenne et un temps de travail hebdomadaire de 2 à 4 heures, le MOOC classique est dense sur une durée courte ; son modèle est plus un modèle d’accumulation d’informations, un peu comme des cours magistraux, sans prendre le temps de la répétition ou de la réflexivité qui assure la consolidation des savoirs. La critique pédagogique est que le MOOC ne soutient pas l’apprentissage, elle laisse l’apprenant seul face à la problématique d’apprendre, d’où le second point.

Le MOOC augmenté

La conception du MOOC canal historique est verticale, avec l’horizontalisation de la formation, le MOOC 1.0 doit devenir 2.0. Howard Rheingold parle de pairagogie (Toward peeragogy, 2012) en proposant que les apprenants eux-mêmes deviennent des ressources pédagogiques les uns pour les autres. D’autres parlent de Learning pods, des petits groupes d’apprenants. Peu importe les appellations, les communautés apprenantes apprennent non pas parce qu’un expert enseigne, même si c’est parfois le déclencheurs, mais par une pratique partagée ancrée autour d’un commun, une identité professionnelle.

Une autre augmentation enrichit le MOOC classique : l’intelligence artificielle. L’IA dans un premier temps révolutionne la création de contenu, ce qui dans la logique de relation apprenante dominante se traduit par la capacité de produire des contenus adaptés à chaque apprenant. L’IA permet de produire de façon illimitée. Si les premières conséquences seraient de libérer le pédagogue des tâches répétitives comme la production de quizz, d’exemples, d’exercices…

La place du MOOC dans la formation est plus que jamais d’actualité, à condition de répondre à deux questions : de quel MOOC l’on parle et surtout au service de quel projet de formation ? La formation étant elle-même en transformation, certains disent en disruption, le MOOC pose les bonnes questions qui vont au-delà de son propre cas. La formation rationnelle semble devoir s’enrichit de la formation émotionnelle, relationnelle et peut-être encore d’autres choses. En fonction de ses réponses, le MOOC évoluera pour satisfaire ces nouvelles exigences sociales.

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