
Publié dans : Cognition et Communication
Le mimétisme dans sa conception actuelle est né des observations du naturaliste Henry Bates lorsqu’il observait des papillons inoffensifs dont les ailes reproduisaient avec une précision troublante celles des papillons toxiques d’une espèce totalement différente (Transaction of le linnean society, 1862), il crée le terme de mimicry que le français traduira par mimétisme. Que ce soit Konrad Lorenz (Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons, 1949) ou Nikolaas Tinbergen (L’étude de l’instinct, 1951) le mimétisme a une place dans la formation.
Le mimétisme comme levier pédagogique
Le paradigme dominant de la formation pour adultes est celui qui dit que l’adulte apprend parce qu’il réfléchit, parce qu’il relit les nouvelles informations avec les anciennes, parce qu’il résout des problèmes. C’est ce que décrit le père de l’andragogie Malcolm Knowles (The modern practice of adult education, 1970). Cette vérité sociale n’est pas tout à fait ce que la science montre. Antonio Damasio a montré que l’être humain est soumis à un impératif homéostasiques entre les états internes et l’environnement. L’homéostasie sociale est le fait que l’être humain cherche à maintenir un équilibre viable dans les rapports à autrui, un équilibre qui passe par la résonance, la synchronie, la co-régulation des états internes. Avant d’apprendre, l’apprenant cherche à s’accorder, autrement dit l’environnement apprenant est essentiel à l’’apprentissage. Elaine Hatfield, John Cacioppo et Richard Rapson (Emotional contagion, 1993) ont montré que la contagion émotionnelle précède tout apprentissage. Un formateur dont la posture corporelle exprime la confiance et la curiosité crée une disposition à l’exploration chez les apprenants.
Le mimétisme retrouve une légitimité à travers la création de communauté apprenante. Etienne Wenger avec ses communautés de pratiques propose des communautés réflexives, c’est une communauté qui se sait communauté, un mimétisme au service d’une formation. Mais il existe aussi une homéostasie sociale, une communion apprenante qui n’a pas besoin de savoir pour apprendre. Ce que John Dewey avait déjà noté à son époque (Experience and nature, 1925). Quelle que soit la notion choisie, l’imitation est de retour dans le game.
Le mimétisme augmenté
Le numérique a permis avec le web de développer une économie mimétique nouvelle. L’apprenant dispose d’un accès nouveau à des modèles d’expertises observables dans tous les domaines. La démocratisation de l’accès aux modèles mimétiques est une rupture pédagogique. L’apprenant dispose d’une abondance de modèle sans médiation sociale traditionnelle. Un apprentissage par observation sans précédent pour reprendre le mot d’Albert Bandura (Social learning theory, 1977). Autrement dit, une compétition nouvelle entre le mimétisme institutionnel et le mimétisme informel. Les apprenants peuvent choisir leur modèle d’expertise, cela devient une expertise hors les murs. Cette démocratisation des modèles mimétiques est une transformation comparable à la naissance de l’imprimerie au 15ème siècle. Cette configuration challenge la formation institutionnelle et oblige le présentiel à travailler son incarnation. Si le numérique peut travailler ses effets comme le rythme des images, les plans de coupe… le présentiel lorsqu’il est travaillé est beaucoup plus impactant en matière de contagion émotionnelle.
Comme on l’a vu, le mimétisme est porteur de développements nouveaux pour les sciences de la formation. La pédagogie dominante a longtemps pensé l’apprentissage comme un processus désincarné. Aujourd’hui, la formation intègre le corps, les rythmes, les émotions, la présence ou la résonance. On ne connaît pas bien comment le corps apprend, ce qu’apporte la pédagogie de la présence, comment des apprenants par mimétisme entre en apprenance grâce au formateur,… les techniques commencent à émerger reste à leur laisser de la place dans les référentiels de la formation. Le rôle du formateur ou de l’apprenant n’est pas tant un déficit de compétence qu’un déficit de résonance (Hartmut Rosa, la pédagogie de la résonance, 2022). Le mimétisme est une autre façon d’entrer en résonance avec les apprenants les autres et le monde. Reste une question fondamentale : si le mimétisme est une technique de plus dans la boîte à outils du pédagogue et de l’animateur, à qui voulons-nous ressembler ? Il y a ceux qui regardent le doigt et ceux qui regardent la lune. Autrement dit, quel est le monde dans lequel nous rêverions de vivre ? Que ce soit avec ou sans l’IA, quel être humain souhaitons-nous devenir ensemble ? Belle question pour la formation.
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