
Publié dans : Méthodes et organisation
Les services formations investissent dans la technologie IA, en espérant faciliter le savoir et l’autonomie des apprenants. Pourtant, d’après les données de terrain, beaucoup de collaborateurs peinent encore à apprendre seuls… et surtout échouent à “transférer” au travail ce qu’ils ont appris. On est loin de “l’apprenant augmenté”.
Pourquoi cliquer sur un écran n’est pas apprendre…
Donner plus d’accès à plus de connaissances via l’IA, ça finirait par rendre les apprenants plus autonomes ? Pas vraiment ! Par exemple, l’abondance informationnelle (presse en ligne, réseaux sociaux, etc.) ne produit pas “mécaniquement” une meilleure compréhension des phénomènes de ce monde ! Pas plus que les écrans ne rendent les élèves “meilleurs” en français ou en maths (confer les enquêtes PISA )
Apprendre ne consiste donc pas à consulter et ingurgiter de manière libre et autonome de l’information ou du contenu. Apprendre, c’est transformer une information en capacité d’action et de réflexion.
L’autonomie dans l’apprentissage est un processus qui se construit… aussi grâce aux autres…
Être autonome dans un parcours d’apprentissage consiste à apprendre à piloter activement son apprentissage. Ce qui demande une volonté, un effort.
Selon les travaux de spécialistes comme le Professeur émérite Philippe Carré ou John Biggs, l’autonomie dans l’apprentissage est un processus complet où l’apprenant est capable de mettre en place 5 opérations fondamentales :
- Se fixer un objectif pertinent
- Déterminer sa stratégie pour apprendre
- Développer une activité métacognitive
- Réguler son apprentissage
- Évaluer ses propres progrès et acquis
Tout ça est loin d’être anodin ! Cette autonomie dans l’acte d’apprentissage est une sorte d’ingénierie interne pédagogique et de formation (sur soi-même).
Un usage réfléchi des IA ?
L’IA en soi, ne rendrait donc pas plus autonome, l’apprenant ! Pas plus que le e-learning ou le casque de réalité virtuelle. L’IA permettrait plutôt à davantage d’apprenants d’accéder au savoir et d’être accompagné individuellement à un coût maitrisable, ce qui est déjà très intéressant.
le hic : notre cerveau apprend toujours lentement…
L’asymétrie entre IA et cerveau humain est aussi à considérer : l’IA, entrainée en permanence, “réfléchit” à une vitesse fulgurante, en synthétisant, structurant des millions de données et formule une réponse en micro-secondes. Notre cerveau humain lui, comprend et apprend bien plus lentement, par itérations, en particulier grâce aux erreurs. Nous consolidons et automatisons assez lentement nos apprentissages : dans la répétition multiple et la variété de pratiques. Ça peut prendre des années d’acquérir des automatismes dans certains métiers !
En guise de conclusion…
L’autonomie n’est donc pas une “propriété” naturelle de la plupart des apprenants dans l’apprentissage. Elle ne vient pas toute seule à l’individu et ne relève ni du seul dispositif de formation qu’on lui propose, ni de la seule technologie “moderne et innovante”. Devenir autonome dans sa formation professionnelle, c’est aussi “apprendre à apprendre“.
Et pour que ce ne soit pas qu’un slogan, il faut se redire que cette “construction” suppose 3 conditions :
- Des environnements d’apprentissage et de travail facilitants, l’IA peut y contribuer,
- Des pratiques et activités pédagogiques impliquantes et responsabilisantes pour les apprenants,
- Et des dispositifs d’accompagnements adaptés, dont des IA et des tuteurs et formateurs humains en entreprises, eux-mêmes bien formés !




