Laissez-respirer les apprenants !
Publié le : mar 27 octobre 2026Views: 1

Publié dans : Pédagogie

Le mode par défaut, une révolution pour la formation

En janvier 2001, Marcus Raichle produit un article fondateur, « A default mode of brain function ». Il identifie le réseau cérébral qui s’active non en période d’efforts mais au contraire en période de relâche. Le cerveau, lorsqu’il semble ne rien faire, fait autre chose. Et cet autre chose est central dans la consolidation mémorielle, la construction du sens, la projection dans le futur ou l’élaboration de l’identité narrative. Cette découverte réinterroge les modèles du paradigme dominant de la transmission. Qu’est-ce que cette découverte change vraiment dans la formation des adultes ? Comment la théorie se trouve-t-elle transformer ? Et surtout, comment la pratique de formation se trouve-t-elle en pleine innovation grâce au « mode par défaut » ?

Une formation nouvelle est scientifiquement possible

Les sciences de la formation ont un modèle qui repose sur une hypothèse historiquement forte : le savoir existe quelque part, dans un texte, chez un expert, dans une institution, et la formation consiste à le faire passer d’un côté à l’autre dans une relation asymétrique. D’un côté il y a celui qui sait et de l’autre, celui qui apprend ; entre les deux, il y a la transmission.

La rupture du mode par défaut ne se limite pas à la question de la consolidation mémorielle, elle touche quelque chose de plus fondamental encore : le rapport entre l’apprenant et le savoir qu’on lui propose. Le réseau mode par défaut montre que l’apprenant reçoit le savoir à travers le filtre de son histoire, de ses expériences, de sa mémoire autobiographique. Apprendre, c’est pour les neuroscientifiques, relier le nouveau à ce qui est déjà là. Hartmunt Rosa l’a expliqué dans sa notion de « résonance », une relation au monde entre l’apprenant et l’objet de la rencontre, qui se transforme mutuellement (Résonance, une sociologie de la relation au monde, 2018). La résonance n’est pas la simple répétition de ce que l’on entend, c’est une transformation réciproque. L’apprenant est modifié par ce qu’il reçoit parce que le contenu a fait vibrer une corde intérieure qui lui est propre. Le réseau de mode par défaut est précisément le moment où le cerveau cesse d’écouter et commence à relier, le moment de la résonance. Le binôme Raichle-Rosa a une conséquence pour les sciences de la formation, il ne s’agit plus exclusivement de transmettre un contenu, mais de laisser le temps de l’appropriation subjective. La résonance n’est pas un luxe pédagogique, mais la condition neurologique de tout apprentissage durable.

Que peut-on en penser ?

Le mode par défaut est une nouvelle définition de l’intériorité. Le réseau mode par défaut n’est pas seulement un lieu de consolidation mnésique, il est le lieu où l’apprenant convoque son histoire pour les mettre en dialogue avec ce qu’il vient d’entendre, d’observer ou de pratiquer. C’est le lieu de l’intériorisation. Hartmut Rosa distingue la résonance de l’écho (Résonance, une sociologie de la relation au monde, 2018). L’écho répète ce qu’il reçoit, l’apprenant restitue le contenu sans forcément se l’être approprié. La résonance, elle transforme, l’apprenant et le monde se modifie mutuellement dans la relation. Pour que le savoir résonne il faut trouver la corde intérieure que le mode par défaut active, la mémoire autobiographique, l’identité narrative, l’histoire sociale et professionnelle de chaque individu. Le savoir passe de l’information reçue au savoir incarné, un contenu mémorisé et mobilisable. Etienne Wenger apporte une dimension complémentaire (La théorie des communautés de pratique, apprentissage, sens et identité, 2005). « La participation » est le contexte dans lequel les histoires individuelles peuvent entrer en dialogue, se frotter, se transformer mutuellement. La formation n’est pas seulement une action individuelle, mais aussi un acte collectif. Chaque apprenant apporte son histoire et repart avec quelque chose de différent, un collectif réincarné dans sa propre trajectoire.

 

Plus que jamais la formation qui est un apprentissage socialisé porte son nom, c’est la forme d’apprentissage que la société considère comme le bon apprentissage, et comme la société est en questionnement, cela ouvre à de nouveaux degrés de liberté. Reste aux professionnels courageux de faire le travail de mise en forme de ces nouveaux territoires pour leur donner une réalité sociale nouvelle et faire peut-être progrès social.

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