
Publié dans : Pédagogie
Nous avons longtemps relégué la fête au rang de la frivolité, de l’évasion, du simple amusement. Amusement, muser, errer sans but, loin des impératifs de la performance. Et si cette perception était erronée ? La fête, est-elle vraiment l’antithèse du sérieux ? Qu’est-ce qu’il se passe lorsque nous sortons du cadre formel ?
1, La place sociale de la fête
La fête a une place particulière dans la construction sociale. Elle est souvent considérée comme un moment où l’individu se dépasse de ses particularités pour se transcender dans la célébration d’idéaux partagés. C’est Jean-Jacques Rousseau, émerveillé dans son enfance par le passage du régiment de Saint-Gervet, par les danses et les flambeaux des soldats et des villageois, les femmes aux fenêtres qui descendaient rejoindre le monde et apportaient du vin. Pour Jean-Jacques Rousseau, la fête est politique. Rousseau oppose la fête aux « spectacles théâtraux où certains admirent d’autres sans être eux-mêmes de la partie » (Lettre à d’Alembert sur les spectacles, 1758). La controverse rousseauiste spectacle-fête trouve un écho particulier dans le monde de la formation : le spectacle du formateur qui sait et qui inspire par la qualité de sa prestation, laisse place à la fête des apprenants.
2, La fête dans la pédagogie
La fête est une machine à tisser des liens. Dans le paradigme qui se dessine, le lien devient l’outil de l’efficacité collaborative, de l’entreprise apprenante. Combien d’heures de réunion faut-il pour construire une confiance interpersonnelle ? Alors qu’un fou rire rapproche les hommes. Charlie Chaplin avait cette belle formule : « Le rire est le chemin le plus direct entre deux personnes ». La fête sort du théâtre des ombres pour entrer dans le vrai de la personne, étymologiquement, l’être derrière le masque social. « Les liens imposés sont une charge, les liens volontaires un besoin » (Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, 26 septembre 1852). « Le vernis social et de politesse étouffe les émotions, comme des insectes dans un bocal de verre » disait Monica Sabolo (Summer, 2017). La fête est une contre-culture sociale qui met en évidence d’autres formes de dynamiques comme par exemple les shadow leaders, ceux qui n’ont pas le statut et pourtant l’influence. La fête met en évidence des liens relationnels « naturels ». La formation festive propose des mécaniques apprenantes nouvelles.
3, La pédagogie de la fête
Lorsque les sociétés doutent de leurs fondements, la fête devient un outil de régénérescence. La Révolution française l’avait compris, lorsqu’elle se proposait d’instituer des fêtes autour du culte de l’être suprême qu’est la souveraineté du peuple, rendre visible et sensibles des valeurs abstraites comme l’égalité ou la fraternité. Les fêtes avaient pour fonction de refonder symboliquement le lien social. Quelles conséquences pour l’entreprise ? Les métiers sont porteurs d’une histoire symbolique, où les rituels collectifs ravivent le sens du travail partagé. Le responsable de formation devient un architecte des rituels significatifs pour redonner à la formation une épaisseur et une mémoire. Le rite est un événement par lequel la communauté apprend à se reconnaître. Une coopération durable naît lorsque les individus sentent que leur travail compte aux yeux des autres. Le rituel fait communauté et la communauté devient le lieu de l’apprentissage partagé.
Faire la fête, c’est accepter que l’émotion cartographie les métiers. Pourquoi la fête est devenue aussi importante en entreprise ? C’est que l’entreprise connaît une période schumpétérienne ou rabelaisienne de transformation : tout change. Toutes les activités sont impactées et le seront encore dans les années proches, comment piloter le changement quand il est souvent perçu comme du bougisme ?





