Se filmer pour apprendre
Publié le : jeu 02 avril 2026Views: 17

Publié dans : Pédagogie

Face au décrochage, les remédiations classiques peuvent s’avérer inefficaces. Dans un atelier relai d’un collège de Béziers, des élèves fâchés avec les apprentissages scolaires se sont auto-observés et se sont fixé des objectifs. La vidéo est ainsi un outil pour retrouver un pouvoir d’agir : l’élève devient acteur de ses propres ajustements.

Pour cela, nous avons utilisé un outil que tous connaissent : le téléphone. Non pas pour produire des images, mais pour filmer l’activité réelle et la regarder avec eux, afin qu’ils puissent se voir agir et reprendre prise sur leurs gestes d’apprentissage. Le déplacement est là : l’élève n’est plus seulement destinataire de remarques, il devient observateur de sa propre activité et peut décider de ce qu’il souhaite modifier.

FILMER L’ENTRÉE DANS LA TÂCHE

Chaque élève est filmé individuellement pendant deux à trois minutes au moment précis où une consigne est donnée et où il commence un exercice : écoute, prise de matériel, démarrage du travail. La vidéo est ensuite visionnée à deux, l’élève et moi. Nous notons ensemble ce qui fonctionne et ce qui freine, puis nous fixons un ou deux micro-objectifs très concrets.

Les changements sont visibles : entrée dans la tâche plus rapide, moins de tension, plus de continuité. Le fait de se voir agit comme un révélateur. Ce que l’adulte répète parfois depuis des mois devient observable en quelques secondes. L’élève peut alors agir sur des éléments précis. Il n’est plus seulement destinataire de remarques : il participe à la définition de ses propres points d’appui et peut vérifier lui-même les effets de ses ajustements.

TRAVAILLER L’ORAL

Le même protocole a été utilisé pour des prises de parole. Un autre élève, Natanaël, parlait très vite, n’articulait pas, adoptait une posture agressive et regardait constamment le sol lors d’un exercice de présentation orale.

Après visionnage, nous déterminons ensemble des objectifs précis : regarder l’auditoire, articuler, ralentir et surveiller le ton.

Trois semaines plus tard, après des ajustements répétés en situation de cours, une nouvelle captation montre des modifications nettes et réelles : il regarde la classe, prend plus de temps, articule davantage et n’est plus sur la défensive. Le changement est frappant pour lui comme pour le groupe.

Dans les travaux sur la métacognition et l’autorégulation, la possibilité pour l’élève d’observer ses propres stratégies est identifiée comme un levier d’apprentissage. Ici, l’image rend ces stratégies visibles sans passer par un discours abstrait. Elle permet à l’élève d’identifier lui-même ce sur quoi il peut agir et de vérifier concrètement ses progrès.

CE QUE CELA DÉPLACE

Filmer ne remplace pas le travail sur les savoirs et les compétences. Mais cela modifie la manière de parler du travail. L’élève peut se voir agir, mesurer des écarts, tester des ajustements. L’adulte n’est plus seulement celui qui constate ou qui sanctionne : il observe avec lui. Dans un contexte de refus scolaire, ces microdéplacements comptent. Ils constituent parfois un premier point d’appui pour réinvestir l’apprentissage.

Ces expérimentations ouvrent une piste plus large : l’usage du téléphone comme outil de connaissance et d’observation de ses propres manières d’apprendre. Comment amener les élèves à documenter leur travail, leur environnement d’étude, leurs stratégies ? La perspective est d’articuler les pratiques essayées ici avec les innovations et les recherches de différentes structures (Cardie, Clemi, équipes de recherche) afin de construire des cadres communs et d’éviter des initiatives isolées.

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