Rétroconception de la formation : « Rompre avec une conception centrée sur les contenus »
Publié le : lun 02 mars 2026Views: 21

Publié dans : Pédagogie

En tant qu’ingénieure de formation spécialisée en sciences de l’éducation, Anne-Eva Lebourdais conçoit des formations basées sur les principes des sciences cognitives et la neuroéducation. Sa spécificité ? La « rétroconception ». Loin d’être une méthode isolée, il s’agit du prolongement logique d’une pédagogie fondée sur la manière dont les adultes apprennent réellement.

Quels sont les grands principes de la rétroconception de la formation ?

Le principe central de la rétroconception, c’est de rompre avec une conception de la formation centrée sur les contenus. La rétroconception part des situations professionnelles : « De quoi les apprenants auront-ils concrètement besoin une fois revenus sur le terrain ? » Il s’agit d’identifier des compétences opérationnelles définies comme un « savoir-agir en situation ». À partir de ces compétences globales, un travail de décomposition doit être effectué car une compétence professionnelle est toujours composite : elle articule des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être. Par exemple, faire face à une objection d’un collaborateur est une compétence qui implique à la fois une posture d’écoute, une attitude relationnelle et une capacité à formuler une réponse adaptée. Écouter sans interrompre, construire une réponse argumentée, choisir ses mots : autant de sous-compétences distinctes qui doivent être identifiées avant toute conception pédagogique.

Cette démarche centrée sur les objectifs pédagogiques semble relever de l’évidence. Pourquoi la rétroconception est-elle si peu répandue ?

Les formations sont souvent construites en silos disciplinaires, par des experts de contenus qui connaissent mal les réalités du terrain. Or, la compétence est presque toujours transversale et contextuelle. Pour appliquer la rétroconception, le formateur doit donc avoir connaissance des pratiques réelles, comprendre les situations professionnelles concrètes et accepter de sortir d’une posture strictement académique. Dans ma pratique, je constate que beaucoup d’organisations déplorent un manque de transférabilité de compétences. Les participants apprécient la formation sur le moment, mais leurs pratiques ne changent pas durablement. C’est la raison pour laquelle il est important que la formation soit construite à partir de ce que l’on souhaite voir évoluer sur le terrain. Enfin, la rétroconception va de pair avec l’étalement de la formation dans le temps, souvent en blended learning, car le changement de pratiques nécessite des allers-retours entre formation et terrain.

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