Comme la plupart des spécialistes, les pédagogues aiment jargonner, et lorsqu’il s’agit de nouvelles technologies, ils utilisent fréquemment des termes importés d’Outre-Atlantique, probablement parce qu’en deux mots anglais il est possible d’exprimer une idée que dans notre langue se traduirait en une phrase de trois lignes.
Malgré les efforts des experts pour expliquer clairement le sens des mots, nos habitudes à la lecture rapide (ou plutôt la lecture en diagonale), renforcées par le phénomène du téléphone arabe et par les fake news sur internet, sont parfois sources de confusion et d’interprétations erronées.

QUAND LE JARGON EST SOURCE DE CONFUSION

Un exemple de jargonisation désormais comprise de tous (ou presque tous) est l’expression “Blended Learning”, qui exprime le modèle d’apprentissage intégrant plusieurs modalités :

  • à distance + présentiel
  • individuel + collectif
  • synchrone (avec le formateur) + asynchrone (en autonomie)

La traduction officielle en français de Blended Learning est “Formation Multimodale” et aujourd’hui tout le monde sait, qu’en formation, les mots multimodal et blended sont des synonymes.

LE RAPID-LEARNING 

À l’origine le Rapid-Learning s’appelait “Rapid eLearning Development”, mais la tendance à rechercher des diminutifs et des raccourcis, a provoqué la distorsion du sens d’une idée pourtant très claire.
Finalement, grâce au Rapid-Learning ce n’est pas l’apprenant qui gagne du temps en apprenant plus vite (ceux qui savent comment les humains apprennent ne pourraient pas s’imaginer une telle idée !), mais c’est plutôt le concepteur de formation qui gagne du temps en produisant rapidement des modules e-learning, répondant aux normes standard (1), en utilisant des logiciels spécifiques (Ispring, Articulate, Captivate…).
Nous sommes ici très loin d’un simple problème de vocabulaire et de définition. Il s’agit plutôt d’un “choc de langage”, concept expliqué par Jean-Marie Albertini dans son article paru en mars 1980 de la revue Éducation Permanente : “…Chaque individu, à partir de son expérience, de son vécu familial, professionnel, culturel, se constitue une grille d’analyse de la réalité dans laquelle il vit. Elle lui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de classer et d’utiliser les informations qu’il reçoit. Ces représentations sont donc les modalités centrales du fonctionnement de la connaissance…”

Si les mêmes évènements nous sont expliqués avec des mots différents, voire en contradiction avec notre grille de lecture, le choc de langage apparait, provoquant ainsi une distorsion du message et d’évidentes misinterprétations.

—————

Repéré depuis https://www.learningbydoing.fr/quest-ce-quen-realite-le-rapid-learning/