L’ergonomie, nouvelle pédagogie de la formation ?
Publié le : mar 31 mars 2026Views: 77

Publié dans : Méthodes et organisation

L’histoire de la formation professionnelle s’est construite autour de la transmission. L’attention a été portée sur la qualité du savoir à transmettre plutôt que sur les conditions concrètes dans lesquelles l’apprenant allait apprendre. L’ergonomie propose une perspective différente, elle s’intéresse non seulement au contenu, mais aussi à l’activité réelle de l’apprenant confronté à ce dispositif. L’ergonomie a plus de 100 ans d’expertise, il n’est pas étonnant que son regard intéresse le monde de la formation. Que faire de cet outil dans un moment disruptif ? S’agit-il d’en faire le nouveau veau d’or de la formation ou d’une nième perspective sur le sujet ? Et d’un point de vue, plus opérationnelle, qu’est-ce que l’entreprise peut faire de cet outil qui a une promesse produit alléchant : remettre la formation au cœur de la réalité terrain ? Que faut-il en penser ?

L’ergonomie de la formation

L’ergonomie de la formation a suivi la même histoire en commençant par une ergonomie de l’offre. Le modèle met l’accent sur la structuration du contenu, de la tâche prescrite. L’ergonomie est souvent réduite à la fluidité et la friction pour réduire les obstacles à l’apprendre. Le travail de l’ergonome est de fluidifier l’accès à l’information en supprimant au maximum la « charge extrinsèque » qui nécessite un effort cognitif plus important avec des interfaces confuses, des informations redondantes ou une navigation complexe. Une bonne ergonomie est une ergonomie qui organise l’information en fonction de l’importance pédagogique des messages.

Le numérique est un terrain d’expérimentation privilégié pour l’ergonomie cognitive. Dès les années 90, les ergonomes ont observé l’introduction massive des interfaces numériques transformant la nature du travail intellectuel. L’apprenant ne manipule pas des objets physiques, mais des représentations comme les menus, les icônes, les fenêtres, les hyperliens. Les ergonomes ont analysé comment les apprenants interprètent et utilisent les signes visuels. « Un dispositif technique n’est efficace que s’il est compatible avec les caractéristiques de l’activité humaine qui l’utilise ».

Que peut-on en penser ?

Dans le principe commun, l’ergonomie consiste à la pédagogie de la fluidité cognitive. Mais les travaux de Robert Bjork introduisent le concept de « difficultés désirables » : l’apprenant doit rencontrer un certain niveau de difficulté pour améliorer la consolidation de ses propres apprentissages. « Les conditions d’apprentissage qui améliore rapidement la performance immédiate ne soutiennent pas nécessairement la rétention à long terme ni le transfert des connaissances » (Memory and metamemory considerations, 1994). Autrement dit un apprentissage trop fluide, trop facile, se traduit par une illusion de maîtrise sans véritable mémorisation. Apprendre à l’insu de son plein gré est un apprentissage qui ne s’inscrit pas dans le temps. La confrontation à la difficulté constitue un moteur de l’apprentissage. L’activité cognitive compare les hypothèses, corrige les réponses, reformule les idées ce qui accroît l’activité de mémorisation. « On retient d’autant mieux une information que l’on a dû effectuer sur elle un traitement cognitif élaboré » (Alain Lieury, Mémoire et réussite scolaire, 1997). Le travail de l’ergonome pédagogue est d’orienter l’effort vers ce qui doit être appris.

Le monde de la formation est en transformation, c’est un moment particulier de changement de paradigme qui s’ouvre à un paradigme qui n’existe pas encore. C’est un domaine des possibles rares.

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