
Publié dans : Pédagogie
La pédagogie est un domaine qui s’invente et se réinvente au gré du temps et des problématiques qu’elle rencontre. Un nouveau courant de pensée à vue le jour avec les « narratives practices » ou le « narrative learning ». Le récit devient un outil au service de la formation. L’histoire devient une méthodologie de la formation. Comme toutes les innovations, elles sont d’abord critiquées pour au final voir leur potentiel pédagogique et social. Aujourd’hui, que faut-il penser des pédagogies narratives, s’agit-il d’une nouvelle mode éphémère ou d’un changement structurel de nos paradigmes métier ? Et surtout, quelles conséquences sur les pratiques métier au sein des entreprises ?
1, L’histoire des histoires
Le narratif est né avec l’oralité, il y a environ 300 000 ans, ce qui correspond d’ailleurs à la naissance de l’Homo sapiens. C’est la même date pour l’usage régulier du feu que l’on retrouve chez les Néandertaliens et les Sapiens. Sur les traces de Claude Lévi-strauss, Richard Wrangham est le premier à relier expéressement le feu et l’oralité, c’est « un moment pour socialiser, raconter des histoires et créer des liens » (Catching fire, how cooking made us human, 2009). Yuval Noah Harari montre que l’histoire est ce qui a fait la différence entre Neandertal et Sapiens, le premier ne construisait pas de récit commun et donc plafonnait leur développement de groupe autour du chiffre de Dunbar 150 environ, alors que Sapiens par l’art de raconter des histoires permettait une socialisation de grand nombre. L’histoire est au cœur de l’odyssée de l’espèce, un moyen de transmettre et de fédérer autour de ce commun.
2, L’apport du narratif dans la pédagogie
L’histoire donne du sens, elle organise la mémoire rationnelle et émotionnelle des apprentissages et favorise l’histoire de ses propres attachements, de sa propre identité professionnelle. Paul Zak montre également que l’histoire augmente le sens de la coopération (Neuroscience for organizational, 2017). Au moment où l’idée de faire sens est invoquée par de nombreux pédagogues, l’histoire devient l’outil pour permettre de faire sens. L’histoire est un outil pédagogique pour créer un attachement rationnel et émotionnel qui soutient la performance. Le métier est souvent lié au cœur de l’histoire sociale. Une organisation qui ne raconterait pas ses métiers produirait des collaborateurs émiettés pour reprendre l’appellation de George Friedman, des travailleurs isolés. Le narratif constitue une mémoire commune qui donne envie à l’apprenant d’appartenir à cette communauté. La pédagogie narrative est un outil pour faire des liens professionnels autour d’une identité partagée, elle fabrique « l’ère du Nous » pour reprendre Martin Heidegger. Etre un formateur a du sens et donne un sentiment de fierté à celui qui en fait son métier. Il porte l’histoire du métier.
La pédagogie narrative est un outil au service de la formation. Que ce soient les formateurs, longtemps considérer comme le bras armé du capitalisme par les marxiens ou une industrialisation de la formation avec la machine, la question du savoir est qui en a la maîtrise pour l’imposer aux autres. La formation est un apprentissage socialisé, il ne s’agit pas d’apprendre, mais d’apprendre dans ce que la société dit être le bien.





