
Responsable de formation est un beau métier. Depuis tout temps, la formation est au cœur de la société des hommes. Former à ce que la société dit être le bien pour faire société. Mais pas que… on attribue à Aristophane, 5 siècles avant JC, « former, c’est allumer un feu », donner l’envie de faire société. Comment donner envie dans une société qui perd ses repères, se transforme sans la certitude de l’avenir ? Le numérique réinvente une société qui n’est pas encore là et qui pourtant dérange déjà notre société.
Responsable de formation, une fonction normative
Le plan de formation est un exemple significatif. Le plan de formation est un tableau administratif de l’état de la formation, outil pour gouverner. Il devient le 05 septembre 2018 le plan de développement des compétences. Il ne parle plus des formations, mais des apprenants. Cela conduit à une évolution doctrinale qui va changer le métier de responsable de formation.
L’apprenant libéré
« Le savoir est désormais partout, déposé, objectivement, dans des mémoires, des machines, des réseaux » (Michel Serre, Petite poucette, 2012). La transmission verticalisée perd de sa verticalité, le savoir circule dans les réseaux et non plus seulement dans les institutions. L’apprenant n’a plus besoin d’attendre qu’on lui apporte le savoir, il le cherche, le compare, l’analyse. L’intelligence artificielle accélère encore ce mouvement. Chat GPT, pratiqué par deux tiers des Français qui utilise un LLM en France (2026), propose « étudier », un formateur personnel gratuit. La technologie ouvre un nouveau champ des possibles dans le monde de la formation. Avec le mobile learning, l’apprenant a commencer à se libérer de l’unité de lieu, de temps, et de la barrière économique, mais avec l’IA, c’est à la fois la libération du contenu et de l’animation du contenu. L’apprenant peut apprendre tout ce qu’il veut, quand il le veut et comme il le veut. Autrement dit, il n’est plus obligé de passer par les fourches claudines de l’entreprise ou de la société.
Le métier de responsable de formation est en mutation dans un monde qui mute. Il passe d’un responsable de l’offre à un responsable de la demande. J’avais écrit ailleurs que le responsable de la formation devenait un responsable des apprenants. Autrement dit un responsable des normes versus une responsable des envies, donner l’envie. La question qui se pose alors est de construire une politique de transformation : transformer un expert-comptable de la formation en un créatif est tout à fait possible à condition de pouvoir piloter le changement. Comme dans tous les métiers, il s’agit de préserver l’identité métier de la fonction, ce qui fait l’adhésion symbolique qui fait la rassurance, la continuité sociale pour transformer l’ensemble des activités de la fonction. Alain Delon avait cette belle formule dans « Le guépard » : « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change » (Luscinao Visconti, 1963). Pour que le métier de responsable de formation reste, il faut changer toute son activité. La continuité dans la discontinuité est le cœur de la transformation heureuse des métiers.





