
Publié dans : Méthodes et organisation
Face à des promesses d’apprentissage “révolutionnaire », les responsables de formation doivent distinguer les leviers de développement des compétences des effets de mode… L’enjeu n’est pas d’adopter la dernière nouveauté. Ildi vient de publier un dossier “État de l’art » sur l’innovation en formation. Explications.
Clarifier le concept
Une innovation réussie se définit comme “une réponse à un problème réel d’apprentissage, de transfert, d’engagement ou de performance ». Pour clarifier ce concept de manière didactique, le dossier conseille de se référer au “Manuel d’Oslo » de l’OCDE[ 2 ], qui caractérise l’innovation par la mise en œuvre d’un produit, d’un processus ou d’une méthode nouvelle ou significativement améliorée, à condition qu’elle soit effectivement introduite dans les usages. Le sociologue Everett Rogers[ 3 ] l’a confirmé de son côté : une “nouveauté » ne devient une “innovation » que si elle est adoptée par un groupe d’utilisateurs et qu’elle apporte un avantage relatif par rapport aux pratiques existantes…
“Innovation », “amélioration » ou “gadget » ?
Il existe une frontière nette entre trois réalités du secteur, explique le dossier “État de l’art ». L’“innovation » transforme l’expérience d’apprentissage et modifie les résultats, à l’image du passage au blended learning structuré avec tutorat. L’“amélioration » optimise un dispositif existant pour le rendre plus fluide, comme dans le cas de la “refonctionnalisation ergonomique » d’une plateforme. Enfin, le “gadget » se caractérise par un effet “waouh »supérieur à sa valeur réelle, à l’image d’une gamification déconnectée de son objectif pédagogique.
Pas synonyme de numérique
L’innovation n’impose pas une rupture systémique ou technologique. La classe inversée, par exemple, démontre qu’une transformation profonde peut être totalement dénuée d’outils numériques : elle modifie le rôle du formateur, la responsabilisation de l’apprenant et l’usage du temps collectif.
L’histoire de la formation professionnelle, pointe le document, montre que la transmission des compétences s’est longtemps opérée directement dans le travail réel à travers le compagnonnage. La personnalisation des parcours, aujourd’hui portée par les diagnostics de compétences et l’adaptive learning, s’enracine aussi dans l’enseignement assisté par ordinateur, apparu dans le courant des années 1960.
“Un état d’esprit partagé »
Actuellement, l’intelligence artificielle générative et les agents IA redessinent les contours de l’ingénierie, en permettant la production de variantes contextualisées d’exercices ou l’aide à l’accessibilité. Parallèlement, d’autres innovations, comme les open badges, donnent du corps à la preuve de formation, en permettant de reconnaître des acquis précis et d’articuler l’expérience avec l’employabilité. En définitive, l’évaluation d’un projet innovant se mesure à sa capacité à résoudre un problème précis et à s’intégrer dans l’écosystème de l’entreprise. L’innovation en formation devient alors “un état d’esprit partagé ».




