[📣Newsletter] 21/04/2023 Prendre sont temps pour ne pas le perdre
Publié le : ven 21 avril 2023Views: 2306

Quelle que soit la qualitĂ© d’un dispositif de formation dĂ©ployĂ©, en bout de chaĂźne, on trouve toujours l’apprenant
 et son cerveau. Et cette belle mĂ©canique, aussi performante soit-elle, a besoin de temps pour apprendre.

Pour ne pas jouer à un jeu de dupe avec les temps d’apprentissage, mieux vaut connaütre le fonctionnement de notre cerveau.

Prendre son temps pour ne pas le perdre

đŸ”· Le temps de la comprĂ©hension

La premiĂšre Ă©tape de l’apprentissage est la comprĂ©hension. Il ne suffit pas d’ĂȘtre clair et didactique pour que l’information soit comprise. Il faut qu’elle soit analysĂ©e, dĂ©coupĂ©e en notions Ă©lĂ©mentaires, et rattachĂ©e aux connaissances dĂ©jĂ  acquises pour qu’elle prenne tout son sens. Ce processus doit ĂȘtre non seulement sollicitĂ©, mais Ă©galement accompagnĂ©. Par exemple :

  • en avez-vous dĂ©jĂ  entendu parlĂ© ?
  • qu’avez-vous compris ?
  • ĂȘtes-vous d’accord ?

Ces quelques questions permettent d’enclencher le mĂ©canisme d’analyse qui permet de dĂ©passer le “sentiment de comprĂ©hension”. Cette analyse prend bien sĂ»r du temps, mais ne pas le prendre, revient Ă  peu prĂšs au mĂȘme que parcourir un livre dans une langue inconnue, c’est-Ă -dire Ă  rien.

En salle ou en classe virtuelle, c’est la responsabilitĂ© du formateur d’inciter Ă  cette analyse. Il ne faut pas avoir peur de laisser aux apprenants le temps de lire ce qu’ils ont sous les yeux, ou de réécouter mentalement ce qui vient d’ĂȘtre dit. Ces quelques secondes de silence permettent de ne pas laisser filer l’information importante.

En auto-formation Ă  distance, une micro-question Ă  la suite de l’apport d’information oblige les apprenants Ă  analyser ce qui vient d’ĂȘtre exposĂ©. Cela peut Ă©galement ĂȘtre proposĂ© sous forme d’une consigne simple comme « prenez le temps de relire » (ou revoir) ce qui est affichĂ© afin de vous assurer de bien le comprendre.

Il est important de solliciter rĂ©guliĂšrement ce mĂ©canisme d’écoute active afin qu’il devienne un rĂ©flexe.

Bien sĂ»r, laisser le temps de comprendre en consomme, mais c’est le prix Ă  payer pour ne pas parler dans le vide.

đŸ”· Le temps de l’appropriation

Comprendre c’est bien, mais s’approprier c’est mieux. Quelle est la diffĂ©rence entre les deux ?

L’appropriation consiste Ă  faire « sienne » une information. C’est-Ă -dire l’intĂ©grer Ă  la somme des informations dĂ©jĂ  connues, Ă  lui trouver sa forme et sa place dans son environnement, sa culture, ses valeurs, sa propre reprĂ©sentation du monde.

Pour favoriser l’appropriation, voilà quelques questions utiles :

  • Ă  quoi cela vous fait-il penser ?
  • que pourriez-vous ajouter en relation avec ce sujet ?
  • pensez-vous que cela puisse vous ĂȘtre utile ? et pour quoi ?

L’appropriation est essentielle pour prĂ©parer la mĂ©morisation, elle permet de se crĂ©er sa propre reprĂ©sentation de l’information nouvelle, de la relier aux prĂ©cĂ©dents acquis, de manipuler mentalement les concepts qui la dĂ©finissent.

En salle comme en ligne, cette phase « d’encodage » de l’information prend elle aussi du temps, il est cependant bien investi, car un bon encodage est la base d’une bonne mĂ©morisation.

đŸ”· Le temps de la mĂ©morisation

Plus j’apprends, plus j’oublie. Oui, si on laisse l’information fraĂźche s’envoler. Pour Ă©viter qu’elle ne s’étiole et ne finisse par s’effacer au fil des jours, il est important de rĂ©activer son souvenir de façon rĂ©pĂ©tĂ©e et espacĂ©e dans le temps. IdĂ©alement avec le tempo suivant :

  • le mĂȘme jour ;
  • le lendemain ;
  • une semaine aprĂšs ;
  • un mois aprĂšs.

Cette rĂ©pĂ©tition espacĂ©e permet de contrer la courbe de l’oubli et ancre durablement les souvenirs. Cela induit bien sĂ»r de prĂ©voir et d’organiser « l’aprĂšs » formation afin de provoquer ces rappels.

Ces trois Ă©tapes : comprĂ©hension, appropriation et mĂ©morisation durable prennent du temps, beaucoup de temps. Pourtant la tentation de « bourrer » un programme de formation par un maximum d’informations pour « gagner » du temps revient Ă  peu prĂšs au mĂȘme que vouloir remplir une bassine trouĂ©e. Tout le monde perd son temps.

RĂ©ussir Ă  convaincre les commanditaires, les formateurs et les apprenants de prendre le temps d’apprendre, d’en apprendre moins si le temps est contraint, ou d’en prendre plus si le programme n’est pas rĂ©ductible est un vrai challenge.

On peut aussi continuer à jouer à un jeu de dupe et laisser croire qu’on peut faire entrer plus d’un litre dans une bouteille d’un litre.

 

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